( 28 juillet, 2010 )

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La            postérité  du soleil   d’Albert Camus          Le             témoignage d’une amitié

Ce livre est le témoignage d’une amitié entre René Char et Albert Camus, qu’Henriette Grindat, artiste–photographe suisse, met en oeuvre au travers l’univers poétique des deux écrivains. On y découvre de grandes photographies, en noir et blanc sur chaque feuille, qui font face à un bref texte, poétique. « Je voulais qu’Henriette Grindat saisît avec son objectif l’arrière pays qui est l’image du nôtre, invisible à autrui, et nous donnât ce que je m’efforce dans la poésie d’atteindre, si dire cela n’est pas trop hasardeux : le passé voilé  et le présent où affleure une turbulence que survole et féconde une flèche hardie. » Écrivait René char. 

Des photos superbes de paysages si souvent présents dans l’œuvre de René Char, ainsi que dans les « carnets » d’Albert Camus. « Le paysage comme l’amitié est notre rivière souterraine. Paysage sans pays. » écrivait René Char à Albert Camus. René Char et Albert Camus se sont liés longtemps d’amitié. Pour l’un, c’était à partir de la lecture de « L’Etranger », pour l’autre, c’était la découverte du recueil « Hypnos ». Cette amitié fut profonde, et complice non seulement à Paris quand Char et Camus habitaient le même immeuble mais aussi au travers la correspondance des deux écrivains durant 184 lettres :  « Un peu, où êtes-vous, cher Albert? J’ai la sensation cruelle, tout à coup, de vous avoir perdu. Le Temps se fait en forme de hache. A quand (carte postale de René Char, le 14 septembre 1957). 

Réponse de Camus : « Plus je vieillis et plus je trouve qu’on ne peut vivre qu’avec les êtres qui vous libèrent, et qui vous aiment d’une affection aussi légère à porter que forte à éprouver. (…) C’est ainsi que je suis votre ami, j’aime votre bonheur, votre liberté, votre aventure en un mot, et je voudrais être pour vous le compagnon dont on est sûr, toujours.» (17 septembre 1957). 

Et Char d’ajouter : « Ils sont en si petit nombre ceux que nous aimons réellement et sans réserve, qui nous manquent et à qui nous savons manquer parfois, mystérieusement, si bien que les deux sensations, celle en soi et celle qu’on perçoit chez l’autre emporte même élancement et même souci…» (septembre 1957). Cette correspondance n’a prit fin qu’avec la mort de Camus, le 4 janvier 1960 : « Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence », écrivait René Char, peu après l’accident de Camus, dans un poème qui porte sa douleur, et qui est peut-être le plus beau texte qui ait été écrit sur la perte d’un ami cher. 

                                                                     Clin d’œil à l’Algérie                                

Albert Camus a travaillé avec René Char sur ce projet de livre sur le Vaucluse, cette région où Camus « touchait à une terre et à des êtres aux soleils jumeaux qui prolongeaient avec plus de verdure, de coloris et d’humidité, la terre d’Algérie » écrivait Char. C’est la rencontre de la pensée de deux écrivains, ce sentiment qu’on ressent lors de la perte d’un être cher, ce soleil disparu, la lumière éclaire toujours et l’espoir est encore possible, malgré la vie éteinte. La photographie est elle même la postérité du soleil, la fixation d’images instantanées mais combien figées dans le temps, pour l’éternité. Le livre est un hommage rendu par René char après la mort de Camus. C’est le galeriste et éditeur suisse Edwin Engelberts qui avait publié en 1965 ce livre en 120 exemplaires. C’est à l’occasion en ce mois du cinquantenaire de la mort de cet auteur emblématique que ce livre revoit le jour dans une nouvelle édition.    

Ce livre s’ouvre sur le poème de René char intitulé « De moment en moment » : « comment montrer sans les trahir les choses simples, données entre le crépuscule et le ciel ? Par la vertu de la vie obstinée, dans la boucle du temps artiste, entre la mort et la beauté. » et se ferme sur les mots de Camus « Demain, oui, dans cette vallée heureuse, nous trouverons l’audace de mourir contents ».                                Un libre penseur 

«Une pensée profonde est en continuel devenir, épouse l’expérience d’une vie et s’y façonne. De même, la création unique d’un homme se fortifie dans ses visages successifs et multiples que sont les œuvres.» À travers la diversité de leurs formes d’expression: roman, théâtre, essai, journalisme, la pensée et l’œuvre de Camus illustrent parfaitement cette cohérence fondamentale et ce dynamisme fécond que définit Le Mythe de Sisyphe. Leur enracinement charnel, tant dans la biographie de leur auteur que dans l’histoire contemporaine, leur refus de tout dogmatisme, de tout «système» qui emprisonne ou mutile l’être humain, dont la misère et la grandeur alimentent leurs doutes et leurs certitudes, la place qu’elles font à la splendeur et à l’indifférence du monde, enfin l’exigence morale, la passion et la lucidité qui les animent, sous le classicisme du langage, sont probablement les traits les plus caractéristiques de cette pensée et de cette œuvre singulières, à la fois limpides et secrètes. Camus continue par la richesse de sa réflexion, le rayonnement et les prestiges de sa création, à être présent dans la sensibilité et la conscience contemporaines. L’œuvre de Camus, du vivant même de son auteur, et depuis sa mort, connaît une réception paradoxale; célèbre et célébrée, elle est aussi déformée et dénigrée par des critiques abusés par son apparente simplicité, ou aveuglés par leurs préjugés philosophiques ou politiques; mais son humanisme lucide et rigoureux, son effort pour ne rien nier ni de l’homme, ni du monde, la mythologie du possible qu’elle propose, tant sur le plan philosophique que politique, sa richesse morale, intellectuelle et esthétique ne cessent de confirmer que «la création authentique est un don à l’avenir». FATHI CHARGUI 

La postérité du soleil d’Albert Camus—79 pages—Gallimard—décembre 2009 

 

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