( 26 mai, 2014 )

Un joli chat blanc marche derrière moi de Youssef Fadel

 

 

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Un joli chat blanc marche derrière moi  de Youssef Fadel

                                              Une belle leçon d’histoire

Voiçi un livre qui ne va pas de main morte. Il dit tout haut ce que les autres pensent tout bas. En ce temps de chamboulement planétaire, qui bousculent certains et offusquent d’autres. Youssef Fadel  lève le voile sur le pouvoir et ses dépendances. Loin des révolutions arabes ; le royaume de Hassen II au Maroc est digne des histoires des mille et une nuits en version sado-masochiste et des cours des miracle d’Albert Cossery . A la place Jemâa El Fnâa défilent  les charmeurs de serpent mais aussi la liseuse de bonne aventure.Dans ce monde là qui pillule de charlatants, Balloute le bouffon a élu lieu de présensation de ses spectacles à la crié. Par hasard, il se retrouve fou du roi. Là, il découvre en cette occasion  les manigances de la cour, le baise main et la courbette  des courtisans, la domination et la soumission, et la cruauté du roi,même envers ceux qui le font rire.Balloute découvre amèrement à quel point le despotisme a corrompu la société tout entière, y compris ceux qui prétendent s’y opposer.
Dans ce monde de cruauté et de misère noire,l’auteur dépeint sans phare une société en décrépitude où sa propre liberté d’expression lui  a  valu au temps de Hassan II la prison. Avec ce livre et beaucoup d’autres, il emprunte à voltaire sa plume en guise d’exutoire pour dénoncer la polygamie, l’emprisonnement pour délit d’opinion, le charlitanismet, et la misère des peuples au pays des rois et des dictateurs. Youssef Fadel nous a bien servi une belle leçon d’histoire des peuples oprimés par leurs propres gouvernants. Un bonheur !

FATHI CHARGUI

Un joli chat blanc marche derrière moi – roman de Youssef Fadel-265 pages-Actes sud- paru le 14 mai 2014

 

 

( 15 avril, 2014 )

Les gardiens de l’air de Rosa yassin hassan

 

gardiens-air-1550421-616x0Les gardiens de l’air de Rosa yassin hassan

Le cri du cœur

Née à Damas en 1974, Rosa Yassin Hassan a fait des études d’architecture avant de travailler comme journaliste. Elle est l’auteur d’un recueil de nouvelles «Un ciel coloré de lumière», 2000), de trois romans «Ebène», 2004, «Les Gardiens de l’air», 2009 et «Epreuve», 2011) et d’un récit (Négatif, 2008).

Anat Ismaël attend impatiemment la libération de son mari, prisonnier politique. Elle travaille comme interprète à l’ambassade du Canada à Damas, où elle est chargée d’accueillir les demandeurs d’asile. Les histoires de ces victimes de la répression dans tout le monde arabe s’articulent à la sienne et à celles de ses amies.

Ecrit deux ans avant le début du soulèvement en Syrie, les Gardiens de l’air est un grand cri contre la répression. La romancière bouscule les tabous, convoque les poètes grivois d’autrefois. Le désir comme rempart face aux dictatures. La journaliste et romancière Rosa Yassin Hassan expose ici le destin d’Anat, Doha et Mayyasa, trois jeunes femmes de Damas, qui attendent la libération des hommes qu’elles aiment, qu’elles aperçoivent de temps à autre quelques minutes, à la faveur d’une rare visite dans la colonie pénitentiaire de Sednaya.  Comment venir à bout de la frustration sexuelle, comment vaincre la solitude, surtout avec l’avancée de l’âge. Alors que faire ? Divorcer, les tromper sans qu’ils le sachent ? Ou rester fidèle coûte que coûte. A lire tout affaire cessante . Déchirant.

FATHI CHARGUI

Les gardiens de l’air-Roman de Rosa yassin Hassan-248 pages-Actes sud-paru le 2 avril

( 5 avril, 2014 )

De toutes les nuits, les amants de Mieko Kawakami

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De toutes les nuits, les amants de Mieko Kawakami

La poésie de la lumière

Un roman d’amour à la japonaise, j’allais dire un poème où  la lumière s’érige en métaphore de la solitude. Le métier de correctrice comme expression de soi, Mieko Kawakami s’attache ici à la condition féminine dans une société japonaise où le travail semble être la seule voie pour s’affirmer en tant que tel. L’histoire se résume en quelques mots. Fuyuko travaille comme correctrice chez un éditeur de la place, esseulé, n’accorde aucune importance à son apparence, quelque peu n’égligé. Mais Fuyuko aime la lumière. Elle ne sort la nuit qu’au soir de ses anniversaires en hiver, seule, pour admirer la lumière où le bleu du ciel apparaît si vaste. Méditation sur l’infiniment petit et l’infiniment grand.Voyage dans le grand bleu, dans l’espace et dans les étoiles. Un poème d’une rare beauté.

FATHI CHARGUI

De toutes les nuits, les amants Roman  de Mieko Kawakami— 280 pages—Actes sud—paru le 5 mars

 

 

 

( 18 mars, 2014 )

A cappella de May Telmissany

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A cappella de May Telmissany

Jeux de miroirs

Née au Caire en 1965, May Telmissany enseigne le cinéma et les études arabes à l’université d’Ottawa au Canada. Outre ses recueils de nouvelles et ses romans, dont deux ont été traduits en français chez Sindbad/Actes Sud, Doniazade (2000) et Héliopolis (2002), on lui doit une dizaine de traductions du français ou de l’anglais en arabe, et de nombreuses études sur la littérature et le cinéma.May Telmissany est la fille du réalisateur égyptien Abdel-Kader Telmissany (1924-2003). Ses romans,ainsi que ses recueils de nouvelles, Gravures répétées  et Trahisons mentales , ont été acclamés par la critique aussi bien égyptienne que française,Doniazade a reçu le prix Arte Mare (Bastia, France) et le prix d’encouragement de l’État (le Caire, Égypte) pour le meilleur roman autobiographique. May Telmissany a obtenu une bourse de création du Conseil des Arts et des Lettres du Québec pour écrire son dernier roman en français. Son  livre, Les Murs du Paradis , publié au Caire en 2009, est un recueil de fragments sur son expérience canadienne et ses retours successifs en Égypte.

« A cappella » de May Telmissany met en scène  Mahi, la narratrice, une femme au foyer respectueuse des valeurs traditionnelles. Elle trouve apparemment son bonheur dans le cocon familial, auprès de son mari et de leur fils, alors que sa meilleure amie, Aïda, pourtan d’origine paysanne pauvre, défie ouvertement les conventions sociales et dévore la vie à pleines dents. À la mort soudaine de cette dernière, Mahi tombe sur son journal et le réécrit à sa façon. En dépit des propos blessants la concernant dans le journal, elle s’identifie à Aïda, s’approprie ses traits et se révèle peu à peu à elle-même, toute différente de ce qu’elle imaginait être. Un jeu de miroirs . Ce roman explore la distance qui existe entre deux images : celle que chacun a de lui-même et qu’il croit partagée par ses proches, et celles que chacun d’eux a de lui.L’une bien rangée, l’autre plus délurée, deux femmes se dévoilent via un journal. «Mahi» est en effet une femme plus obéissante à l’ordre social qu’Aïda, l’une artiste et couverte d’amants, l’autre travaillant et soumise à son mari.

FATHI CHARGUI

A cappella de May Telmissany—162 pages—Actes sud—paru le 12 mars 2014

( 4 février, 2014 )

Le Vertige danois de Paul Gauguin

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Le Vertige danois de Paul Gauguin

Hommage à Gauguin

Il s’appelle Paul Gauguin et, en ce matin de 1885, il a déjà plusieurs vies derrière lui. Il est face à son miroir, dans une soupente glaciale de Copenhague, il se regarde avant d’entreprendre son autoportrait, le premier d’une longue série. Bertrand Leclair, au fil d’un beau récit empathique, nous présente cet homme au bord du désespoir, entre deux destins. Le Vertige danois de Paul Gauguin, ou le moment où l’homme peine à devenir l’artiste que l’on sait. Lui-même peut seulement le deviner, ardemment le désirer – et peut-être le redouter. Marin à 17 ans, puis courtier en bourse.Contraint de rejoindre sa femme et leurs cinq enfants à Copenhague, en novembre 1884, Gauguin n’est pas encore Gauguin, mais il le devient, confronté à l’hostilité qu’il génère. Au long d’une enquête tourbillonnante, Bertrand Leclair restitue le vertige d’un homme déchiré, incapable de renoncer à sa fascination pour la peinture. Le Vertige danois de Paul Gauguin consacrera le souvenir et l’admiration posthume du Danemark pour le peintre, un pays que pourtant il n’aimait guère. Gauguin arrive à Copenhague en 1883, à l’âge de 35 ans, en compagnie de son épouse danoise Mette Sofie Gad, de deux ans plus jeune que lui, rencontrée dix ans auparavant à Paris et avec laquelle il aura cinq enfants.Il n’aime ni l’hiver scandinave, ni la société danoise, et sa première exposition à Kunstforeningen (la société des arts danois) est un échec. »Ce serait une interprétation erronée de dire que Gauguin détestait le Danemark », estime cependant Pedro Maria Gauguin da Silva Fonseca, arrière arrière petit fils dano-portugais du peintre. »Mais il éprouvait le sentiment que les Danois le traitaient froidement, comme une sorte de Français sauvage, il avait l’impression qu’il n’était rien à leurs yeux. Ce ne fut pas une période très agréable pour lui, ce qui l’a amené à ne pas aimer ce pays », explique ce descendant. »Il méprisait la société petite-bourgeoise danoise -les sales bourgeois comme il disait » ajoute-t-il. Le séjour à Copenhague fut de courte durée. Gauguin, qui a tenu un commerce de bâches tout en continuant à peindre, revenait à Paris en 1884, laissant femme et enfants sur place.L’artiste reprochera par la suite à sa belle famille, avec qui il ne s’entendait guère, de l’avoir fait partir. Paul et Mette devaient se séparer mais n’ont jamais divorcé. Il la reverra une dernière fois en 1894 avant de mettre le cap définitivement sur Tahiti un an plus tard.

FATHI CHARGUI

Le vertige danois de Paul Gauguin de Bertrand Leclair-182 pages-Actes sud-février 2014

 

( 18 janvier, 2014 )

Nous sommes tous à égale distance de l’amour de Adania Shibli

 

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Nous sommes tous à égale distance de l’amour Roman de Adania Shibli

Quelques  mots  d’amour

 

L’idée que les palestiniens sont doués de la volonté d’exister ensemble quelque part, qu’ils constituent un  peuple, une nation, n’a pas surgi des décombres de Beyrouth-Ouest. Que le nationalisme palestinien soit né en réaction à la création de l’État d’Israël, ou qu’il lui ait été antérieur, le fait est qu’il existe bel et bien aujourd’hui.

Ne serait-ce qu’en voyant une larme couler sur le visage d’une femme palestinienne dont le fils ou l’ami, en tenue de combat , doit de nouveau plier bagage, on sent bien qu’il faut aller plus avant dans la connaissance de ces gens.

Pour tenter de comprendre leur histoire,plusieurs fois douloureuses, on ne peut se satisfaire de ce que tout le monde sait déjà : que les- ou- des palestiniens ont eu recours à la violence et au terrorisme.

En retraçant leur passé, en brossant quelques itinéraires, en décrivant la communauté palestinienne exilée un peu partout dans le monde, en laissant s’exprimer certains d’entre eux, membres ou non de l’OLP (organisation de libération de la Palestine), en nous interrogeant sur leur avenir, en faisant poindre des paroles de coexistence ou même en choisissant des stances de leur vie, nous voulons qu’au moins cette idée, que quatre millions et demi d’hommes et de femmes vivent sans patrie, ne s’évanouisse pas.

Nous sommes tous à égale distance de l’amour de Adania Shibli  est un peu une pièce de théâtre, un peu, un long poème, débridée, un peu la chronique onirique d’une palestinienne, : et tout cela confondu, imbriqué, complémentaire, nous donne un roman vraiment original. Impossibles d’y adjoindre une quelconque paternité, style musique giralducienne ou tempo saganesque: d’emblée, Adania Shibli  impose sa marque, avec un rien de fierté, et beaucoup de cette assurance qui manque tant au premier communicant de la religion romanesque. Il y a bien cette jeune postière, qui change quelquefois dans le courrier qui lui passe entre les mains « Palestine » en « Israël ». il y a cette femme qui écrit à un homme jamais rencontré et cette autre, mariée, qui tombe amoureuse de son médecin ; il y a ce jeune employé de supermarché qui n’ose parler à la belle aperçue assise sur un banc et cet homme qui menace de tuer celle qui l’a rejeté…

Il n’y a pas de fin à « Nous sommes tous à égale distance de l’amour de Adania Shibli » car tout simplement il s’agit d’un recueil de nouvelles, où les personnages sont uniques. On ne les oublie pas: leur auteure ne leur a pas fermé la porte au nez.Avant qu’on ne les retrouve dans un second recueil de nouvelles de cette jeune romancière, qui s’est déjà glissée dans nos habitudes livresques, et qu’on attend comme une amie.

Enfin une romancière qui nous embarque sur un tapis volant ! Une aubaine, non ? Aujourd’hui, même les avions qui décollent ne sont pas sûrs d’arriver. Plus moyen de planer… De quitter cette grisaille maussade qui nous gâche le quotidien. Alors, surtout, ne ratez pas le départ : prenez-le à l’heure où les bruits de la ville s’apaisent, les volets fermés, pelotonné dans un oreiller ouaté, lové  dans un lit indécent d’être aussi immense.

À mi-chemin entre ciel et terre, la ou les routes sont en fuite, des étoiles au creux des tempes, rejoignez Adania Shibli, cette romancière dans son lit d’amour. Pour y entrer, un seul mot de passe « Ne conduire jamais rien, pas même un rêve,jusqu’à son terme » . Mais reprenons. Vous êtes bien là, la tête vide, les sens en éveil, la mémoire qui caracole, le corps en attente, la langue pointée entre les lèvres, laissez-vous aller. La nuit  sera longue, ou courte, c’est  selon..Les personnages se livrent à une étonnante partie de cartes ou l’enjeu est un incessant corps à coeur. Sur son tapis magique, elle disperse les cartes à jouer ; au dos de chacune d’elles, au lieu des figurines, elle a collé un fragment de photos de personnages, visage croisé un jour, aimé un instant, pour toujours. Et d’une main alerte, experte, elle décode sa vie, plaisirs volés,réduits en petit tas. coupe, étale le papier lisse, vernissée et avec innocence, retourne une carte, puis l’autre, puis l’autre… Étranges flashes-back, séquences inachevées d’une vie en Kodachromes qui voltigent d’une caresse appuyée à l’autre, d’un lieu de parenthèses — à la moiteur des corps ou une épaisse vapeur d’eau brûle l’air.

FATHI CHARGUI

Nous sommes tous à égale distance de l’amour de Adania Shibli—125 pages-Actes Sud- Roman paru le 8 janvier 2014

( 7 décembre, 2013 )

Quelque chose d’écrit Emanuelle Trevi

 

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Quelque chose d’écrit Emanuelle Trevi

 

Ce livre est un hommage rendu à Pasolini et à ceux qui l’ont cotoyé dans sa vie, et à ceux qui ont travaillé  particulièrement  pour Laura Betti, mémoire fidèle de l’écrivain, et gardienne du temple du  fonds Pier Paolo Pasolinii.

Pasolini et la société italienne: tel est le face-à-face  mortel dont nous a entretenu  dans le détail un livre terrible intitulé « quelque chose d’écrit ». Tous les jours de sa vie.Pasolini a payé au prix fort le goût du paradoxe, de la provocation et de la liberté. Dissident du monde occidental:  nul mieux que lui ne mérite cet  habit de lumière. Puisqu’il n’aura cessé , cet hérétique, cet indésirable, cet empêcheur de penser en rond, de gêner tout le monde : gauche, droite, marxites, et démocrates- chrétiens. C’est en retour, une véritable paranoïa sociale qui s’exerce contre celui qui n’était pas seulement un homosexuel, mais un écrivain- cinéaste- communiste- journaliste- poéte-peintre- homme de théâtre. De 1949 à 1977 (dont par-delà la mort même ) Pasolini aura été la cible privilégiée de la magistrature et des forces de répression de l’État. « Par État, j’entends (écrivait-il en 1960) cette atroce entité clérico-fasciste qu’est bureaucratiquement  et formellement l’Italie »

Adolescent, sa « différence » restera longtemps  son déchirement secret de sa conscience. Le premier scandale dont il est victime a pour origine la rumeur politique. On l’accuse d’avoir abordé des mineurs  et de les avoir conduits en rase campagne… C’est à l’occasion du procés  qui s’ensuivra que paraitront  dans la presse les premiers entrefilets fielleux à son endroit, puis la haine des  Tartuffes se déchaînera. Un certain nombre de journaux italiens ne cesseront  plus de se livrer  sur lui à ce qu’on peut appeler un lynchage idéologique. Il est l’homme à abattre et le cinéaste à faire taire. Dans la rue, il est agressé, comme il se doit, en maintes circonstances. « Ma situation écrit-il en 1969, se présente sous le signe de la terreur. Il s’agit à mon égard d’une volonté précise de persécution. Je suis complètement seul. Et par dessus le marché aux mains du premier qui voudra me frapper. » La passion selon Pasolini  ne fait que commencer. Aujourd’hui, cette actualité intemporelle de Pasolini,  ne  voilà t-’il pas  qu’elle trouve sa juste place à travers ce livre.

Je suis scandalisé, affirmait Pasolini.Je le suis dans la mesure où je tends une corde,  bien plat, un cordon ombilical, entre sacré et profane ». Tout le cinéma de Pasolini est là, dans cet écartellement, cet équilibre instable entre l’obscénité et la sainteté, entre le sexe et la transcendance comme dit Sollers. Ou encore plus explicitement entre Sade et Saint Mathieu ! Ce qu’il cherche, c’est la réconciliation de son univers déchiré, à travers des films peu réductibles aux étiquettes habituelles. C’est en poète et en  romancier qu’il aborde le cinéma (à l’âge de 40 ans) avec Accatone puis Mamma Roma, découvrant un réalisme poétique et semant des gros plans de visages comme autant de digressions photographiques. Comme de juste, les humbles et les soufflants occupent une large place dans cette oeuvre si moderne et si antique à la fois. Chacun désormais peut y puiser selom ses besoins ou son envie, préférér le néoréalisme léger et espiègle aux fables didactiques. On peut aussi  tout aimer   dans cette oeuvre d’amour , dans cette vision « épico-religieuse du monde , comme lui même la qualifiait parfois.

FATHI CHARGUI

Qulque chose d’écrit de Emanuelle Trevi -357 pages-Actes Sud- novembre 2013

( 28 novembre, 2013 )

Le cinématographe de Claude Miller

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Le cinématographe de Claude Miller

Claude Miller a douze ans lorsqu’il écrit Le Cinématographe, retrouvé dans ses papiers après son décès récemment. Entre rage et grâce, un texte qui porte les fulgurances et les presciences de l’enfance.

Ces textes inaugurent déjà une vision prématurée de sa future œuvre. D’emblée tout est dit: la trisiesse, la noirceur du regard face à un monde en pleine guerre dominée par le racisme et l’antisémitisma. Tout cela a marqué d’une empreinte indélébile l’enfance de Claude Miller. C’est un cri du cœur d’une enfence qui sera repris dans la plupart de ses films :

La Petite voleuse, un fim qui se déroule durant la Seconde Guerre mondiale, où Claude Miller tend ainsi à mesurer l’évolution et les effets de l’éducation d’une enfant.

La Classe de neige. Traitant d’un sujet grave, le film laisse éclater au grand jour l’une des thématiques qui jalonne toute la filmographie de Miller, à savoir les traumas de l’enfance, plus ou moins enfouis, et plus ou moins sévères.

Un Secret, adapté du roman autobiographique de Philippe Grimbert, se fait l’écho de l’enfance juive de Claude Miller durant l’Occupation parisienne, un passé sur lequel il était jusqu’alors resté discret.

Cette centaine de pages est en elle-même un constat d’échec de l’incommonicabilté entre monde des adultes et le monde des enfants.D’où les blessures de l’enfance. Enfance malheureuse attristée par les crimes de guerre et l’antisémitisme. Ces textes poétiques qui traduisent la peine d’un petit enfant est déchirement. On ne peut rester de marbre. La preuve ses fims, ses images, ses textes, ses mots, tirés comme des coups de feu contre l’ennemi.

FATHI CHARGUI

Le cinématographe de Claude Miller-96 pages-Actes Sud- novembre 2013

( 26 novembre, 2013 )

A vue de nez de Céline Curiol

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A vue de nez de Céline Curiol

Mémoire chimique

Parfois une odeur, un goût, un bruit nous plonge dans le souvenir d’un moment où nous avions déjà goûté, entendu ou vu la même chose.
De même qu’en se concentrant suffisamment sur un souvenir, on peut avoir l’impression de sentir à nouveau une odeur, ou d’avoir encore le goût d’un plat dans la bouche, comme si on revit ce moment, alors que ce n’est qu’une réminiscence du passé.Notre mémoire est riche en souvenirs et lorsque l’on fait appel à tous nos sens, on peut très bien avoir l’impression de revivre un moment du passé.

C’est fou ce que la madeleine de Proust peut nous évoquer les parfuns du passé: Les odeurs, les images, les mots voire des stances de vie. Le parfum nous fait évoquer le temps qui passe voire la nostalgie des temps heureux.

Céline Curiol emprunte la plume à Proust pour nous faire voyager dans l’univers olfactif des hommes à l’instar des psychologues qui cherchent à démêler l’écheveau de l’acquis de l’inné.Ce phénomène est bien connu sous le nom de Syndrome de Proust, en référence à un passage de son roman A la recherche du temps perdu, dans lequel le goût d’une petite madeleine trempée dans son thé transporte le narrateur dans sa petite enfance. Véritables catalyseurs de souvenirs, les odeurs renvoient aux souvenirs des événements qui leur sont associés. Les sensations olfactives font ainsi revenir des souvenirs très anciens – souvent liés à la petite enfance et chargés d’émotions. Le plus surprenant est que cet exceptionnel pouvoir d’évocation s’accompagne d’une extrême difficulté à identifier les odeurs. Lorsqu’on présente des odeurs à l’aveugle, très peu de répondants sont capables d’identifier de quelle odeur il s’agit, même lorsqu’il s’agit d’odeurs aussi familières que la lavande, l’orange ou le citron. Alors qu’on associe spontanément et facilement des souvenirs aux odeurs, il est extrêmement difficile de les identifier et de les classer dans une catégorie d’odeurs de la même manière que l’on classe les couleurs dans des familles. Les spécialistes disent que la mémoire des odeurs relève de la mémoire épisodique (mémoire des souvenirs) plutôt que de la mémoire sémantique (mémoire des connaissances).

Odeurs et souvenirs enrechissent les différentes étapes d’une errance d’une écrivaine en quête d’aventures olfactives.Car on lit ce livre , comme en se promenant en bâteau . Partir , dit-on , c’est mourir un peu . Il est pourtant des voyages qui sont autant de retour à la vie . Des voyages au très long cours , des voyages toujours inachevés . Est-il d’ailleurs jamais question de débarquer vraiment ? Par hasard ou par nécessité , par amour ou par tendresse , par nostalgie ou par illusion , on s’est un jour retrouvé moussaillon ou passager clandestin et l’on a su tout de suite que cette errance-là serait la vie . Pour l’un , le périple a nom NewYork , pour l’autre , il s’appelle Paris, là, les odeurs et les parfums forgent la mémoire et créent les souvenirs.

« Ce que je sens n’est jamais ou presque , ce ce que je crois sentir.Les odeurs pénétrent en moi, mais faute d’habitude, je n’en tire que deux ou trois perceptions générales. Je peux en reconnaitre les tonalités les plus courantes, mais peu d’altérations subtiles ? En dessous d’un certain seuil de concentration, les molécules odorantes générent certes aucun signal éléctrique vers mon cerveau. »écrit Céline Curiol.

FATHI CHARGUI

A vue de nez de Céline Curiol-139 pages-Actes Sud-novembre 2013

 

 

 

( 12 octobre, 2013 )

Sur le seuil de Ali Teoman

 

 

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Sur le seuil de Ali Teoman

Voici un texte, S’il se trouve être l’une des nouveautés les plus
intéressantes de l’année, ce n’est pas que la littéraire moderne ait moins de
valeur que l’ancienne, mais Sur le seuil d’Ali Teoman appartient
à ce genre particulier. L’autobiographie populaire a fleuri ces dreniers temps :
rédigée à la fois avec soin, selon des critères littéraires, ou
journalistiques, avec plus ou moins de fidélité, avec suffisamment de vérité
pour retenir l’attention, et de naturel pour faire entendre sa voix. Ici,

l’auteur ne dit pas tout, sans doute ; il ne s’agit pas de confession.Puisque l’auteur,
fait son tour de Turquie et qu’il prendra plus tard sa vision des choses et des
moeurs. Il dit tout cela, événements historiques et anecdotes personnelles,
faits divers et tableaux de moeurs avec tant de spontanéité, de verve et de
fraicheur que son oeuvre reste non seulement comme témoignage unique, mais
comme une autobiographie picaresque qui se lit avec un plaisir infini.

FATHI CHARGUI

Sur le seuil roman de Ali Teoman-200 pages-Actes Sud-2013

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