( 25 août, 2017 )

Un chef-d’œuvre

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Voilà un écrivain génial donc inégal, un prix Nobel de la littérature qui nous donne une leçon de savoir-vivre dans nos médiocraties, dans des sociétés en périclitation, où les civilisations se sont évaporées pour céder la place à la médiocratie ambiante, tout pue dans ses entrailles, les crises économiques, sociales et culturelles, tout fout le camp, la littérature, les langues et la morale, le savoir-vivre. Désormais, on parle la langue des SMS, à demi mot, en syllabes, en insultes et injures. Le constat est flagrant. Mario Varga Llosa nous invite au travers un Pérou de dictature, on déambule à Lima, au carrefour des cinq rues. Tout y est le chantage, l’argent, le sexe, la corruption, la dictature, la richesse et la pauvreté. Comment passe-t-on d’une orgie à un assassinat, d’une presse de caniveau comme on en voit tous les jours, à un lynchage médiatique qui secoue tout le Pérou. D’un chantage en bonne et due forme à un crime. Qui à tué le baron de la presse nauséabonde ?

L’ingénieur Enrique Cardenas, richissime patron péruvien, est racketté par un journaliste de caniveau, Rolando Garro, patron d’une petite revue à scandales, « Strip-tease » ; le marché est simple : soit Cardenas investit dans le développement de sa feuille à ragots, soit les photos -très- compromettantes que détient le maître-chanteur seront publiées. Refus catégorique de l’industriel, parution d’images sans équivoque, que tout Lima s’arrache… Le scandale retombe vite mais Rolando Garro est assassiné et sa fidèle assistante surnommée « la Riquiqui » mène une enquête qui la conduira aux plus hautes instances du pouvoir, jusqu’au chef de la police politique du dictateur Fujimor.
Aux Cinq Rues. La presse, qui chez Vargas Llosa joue un rôle important, est ici au cœur de l’intrigue. La presse de caniveau, celle qu’on s’arrache pour ses photos volées et ses révélations scandaleuses. Vargas Llosa met le doigt sur cette presse à la diffusion de masse et sur son pouvoir redoutable, puisqu’elle excelle à ruiner et défaire les réputations. Ce roman se déroule au Pérou sous le régime autoritaire du Président Fujimori, dans un pays  ébranlé par les attentats. Dans le quartier des Cinq Rues, un peu louche où l’on croise des tripots et des prostituées, mais aussi un poète raté et une journaliste fouineuse qui n’a pas peur de  montrer la collusion de la presse et du pouvoir à des fins pas toujours honorables,

La virtuosité de Mario Vargas Llosa excelle dans des virevoltes inattendues, autant sur le plan médiatique qu’érotique. Dans le chapitre intitulé « Un tourbillon », l’auteur entrelace tous les fils narratifs avec une virtuosité stupéfiante. Chapeau bas l’artiste ! Vous méritez toute notre considération. Bravo !

FATHI CHARGUI

AUX CINQ RUES, LIMA de Mario Vargas Llosa—292 pages–Gallimard

( 26 mai, 2017 )

winter is coming

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Le cri du cœur

 

« L’homme est un apprenti, la douleur est son maître, et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert. » (Alfred de Musset)

Pierre Jourde a perdu son fils de dix neuf ans suite à une maladie rare qui a plongé l’auteur dans une effroyable détresse. L’écrivain a vécu une année de malheur et de douleur, entre l’espoir de voir son fils guérir et le désespoir de le perdre. Comment ne pas compatir avec Pierre Jourde ? Un homme perdu entre mourir de chagrin et délivrer ses angoisses et sa détresse. Ici, l’écriture en soi est une délivrance est une catharsis. « Seul le silence es grand, tout le reste est faiblesse. » (La mort du loup d’Alfred de Vigny).

L’auteur s’interroge sur lui-même, il s’insurge contre cette injustice. Pourquoi la mort de Gabrielle Jourde ? L’injustice est horrible. En ce temps d’attentat, d’attaques terroristes, un peu partout dans le monde, des hommes tuent, assassinent, impunément.

La vie continue son cours dans les méandres du mal, des maladies mortelles, comme si la terre a perdu la boussole, le mal l’emporte sur la bière. Pourquoi ?

« Winter is coming » est un roman qui sans tomber dans le pathos, est un cri du cœur qui nous saisit à la gorge. On ne peut que compatir avec un écrivain écorché vif qui écrit à fleur de peau.

FATHI CHARGUI

Winter is coming roman de Pierre Jourde—168 pages–Gallimard

( 22 mai, 2017 )

croire aux merveilleux

 

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Croire au merveilleux

Voilà un roman génial, donc inégal. C’est une invitation au jardin d’Éden. Schopenhauer disait qu’il n’y a pas de bonheur, mais des instants de plaisir. Ici, on est convié à des menus plaisirs. Un voyage dans la littérature et philosophie gréco- latine. Un pur bonheur.

César est veuf. Il a perdu la femme qu’il aimait et en dépit de la présence de l’enfant qui’ ils ont eu, a décidé de mourir lui aussi. Au moment où il s’apprêtait à commettre le geste fatal, une jeune femme qui prétend être sa voisine de palier sonne à sa porte et fait vaciller son projet. Fascinée par la bibliothèque de César, remplie de livres de littérature grecque classique, elle engage avec lui une relation profonde et va le conduire lentement vers la renaissance. À suivre cette histoire on se croirait regarder le film Harold et Maude de Hal Ashby.

Comme Ulysse César voyage autour de la Méditerranée, cherchant son Ithaque et Pénélope, de la grotte de Calypso au chant des sirènes.

le roman de  est nourri d’antiquités grecques : Pline, Homère, Thucydide, Euripide. C’est un roman sur la culture antique. Delphes en Grèce ou Carthage en Tunisie

FATHI CHARGUI

Croire au Merveilleux–Roman de Christophe  ONO-DIT-BIOT-234 pages–Gallimard

( 28 avril, 2017 )

La beauté et la mort

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La beauté et la mort

Caroline Lamarche a aimé un homme qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à son père. Depuis qu’elle le quitte elle renoue avec les livres, et le monde. Elle  rencontre  une sculptrice qui sublime la mort par la figure du cerf. C’est à partir de cette image que l’écrivaine nous fait revivre le désespoir de son père, amateur d’histoire, de généalogies, de fleurs et d’oiseaux,  peu écouté dans les réunions de famille. Des réminiscences paternelles succèdent son propre désespoir et le vide causé par la mort du père, autour de laquelle elle ne cessera de se référer. Le thème de la mort renvoie à la souffrance animale et la violence sanguinaire des hommes, chasseurs qui se plaisent à traquer, égorger, achever d’un coup de crosse chevreuils, biches, corneilles. En massacrant un papillon à son enfance. Elle détecte en elle un lien entre la beauté et le désir de mort. Un roman d’une extrême beauté et sensibilité, à fleur de peau.

FATHI CHARGUI

Dans la maison un grand cerf roman de Caroline Lamarche—131 pages–Gallimard

( 20 mars, 2017 )

Dieu,allah,moi et les autres

 

 

 

 

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Dieu,allah,moi et les autres

En ces temps où les religieux radicaux purs et durs de tous bords imposent leur loi et leurs dogmes, Salim Bachi nous offre un témoignage percutant et hallucinant.

De par le monde, les assassinats et les viols courent les rues et toute la planète. Au point où l’on se demande si nous sommes dans la réalité ou en pleine fiction.

Regardez ce qui se passe en Syrie, Libye, Irak, c’est le chaos total. Des combats sèment la terreur, d’où des réfugiés par milliers, femmes, enfants et vieillards fuient les bombes et les razzias. Quelle catastrophe ?

La terre est aphone et les hommes aveugles. Sous peu on se croirait en pleine croisade. Des guerres de civilisation, on se livre à des guerres de religion.

Triste époque pour nous et pour les générations futures. L’histoire vient de vivre une de ses pages apocalyptiques.

Salim Bachi cherche à travers ce livre à comprendre les tragédies humaines. Le livre de Salim Bachi est un témoignage sur une génération sacrifiée. Une génération qui a accouché sur cette planète des milliers de terroristes et des criminels.

La narration, alerte et varié retrouve la réminiscence des souvenirs algériens des années 90. Salim Bachi montre à qui veut l’entendre que l’intolérance ne mène à rien, sauf à l’autodestruction

 

FATHI CHARGUI

Dieu,Allah,moi et les autres de Salim Bachi—178 pages—Gallimard–

 

 

( 13 mars, 2017 )

La terre qui les sépare de Hisham Matar

 

 

 

 

 

 

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La terre qui les sépare  de Hisham Matar

C’est l’époque des enquêtes et des révélations d’après la chute des dictateurs en 2011. Les écrivains se libèrent du poids de leurs carcans. Finis la torture et le despotisme. Les langues se délient et la presse est libère. « La terre qui les sépare » s’inscrit dans ce contexte.

L’auteur Hisham Matar libyen rend hommage à son père, opposant à Kadhafi disparu en 1990.Cet homme s’appelait Jaballa Matar, c’était un ancien officier et diplomate libyen, opposant au régime de Mouammar Kadhafi quelques années après l’accession de celui-ci au pouvoir, en 1969. Dix ans plus tard, Jaballa Matar avait fait sortir sa famille de Libye, pour bientôt la rejoindre au Caire et, de là, poursuivre son combat politique. Et c’est au Caire que, en mars 1990, il fut enlevé par les services secrets égyptiens et remis aux autorités libyennes. Sa famille ne le revoit plus.

Pendant vingt ans, Hisham Matar s’est battu pour obtenir des informations sur la disparition de son père dans les geôles de Kadhafi.

« La terre qui les sépare »  de  Hisham Matar est une plongée dans la dictature libyenne, mais aussi un retour aux origines et à l’enfance.

Que dire alors de celui qui sépare Hisham Matar de son père, C’est sur cette réminiscence entre passé et présent que l’auteur nous invite à cheminer à ses côtés à travers ce récit qui mêle enquête, révélations et méditation.

Hisham Matar est un grand écrivain qui livre ici un récit à la fois émouvant, saisissant et captivant. De très belles pages qui vous transportent ailleurs. Quant à l’émotion, elle vous prend et vous accapare au détour des pages, sans crier gare.

FATHI CHARGUI

« La terre qui les sépare » - Hisham Matar - Gallimard – 330 pages

( 6 mars, 2017 )

Sans Véronique de Arthur Dreyfus

Sans Véronique de Arthur Dreyfus

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Voilà un roman génial donc inégal, il vous prend par la main et accapare votre esprit, vous êtes comme inoptisé, et contre toute attente,à corps  défendant et à coeur battant la chamade, vous êtes pris au piège des terroristes dans les foyers à turbulences.

De Sousse à la Syrie, vous assistez aux carnages des innocents comme si vous y étiez, vous pleurez, vous vous battez pour libérer ces victimes du terrorisme, mais malheureusement en vain.

Vous êtes désarmé, Véronique n’est plus en vie, et son époux demeure chancelant entre la tristesse et la vengeance. Et s’il voyageait en Syrie pour se venger?

Toute l’histoire est écrite d’une façon réaliste, on dirait que l’auteur avait vécu les circonstances exactes et les faits sont reportés avec parcimonie: Arrivée de Véronique, dans un hôtel balnéaire à Sousse, en Tunisie contente d’avoir eu un billet d’avion comme cadeau de départ à la retraite, heureuse de profiter du soleil et de la mer.

Une chose est sûre, elle ne savait pas qu’elle allait mourir dans les heures qui suivent. De l’autre côté de la Méditerranée, Bernard, son époux, resté en france, et comme étourdi par l’annonce de la disparition de sa femme. Faut-il prendre l’avion et rapatrier le corps de sa femme ? Non, contre toute attente, Bernard ne perd pas une seconde et après mille aventures et vicissitudes, débarque en Syrie, à la recherche du moindre indice qui pourrait le diriger vers un terroriste, supposé être le tueur de sa dulcinée.

Ici, Arthur Dreyfus excelle dans l’acheminement de l’histoire. Le roman est tressé comme une toile d’araignée dont les fils s’enchevêtrent tout au long de l’histoire. Nous ne pouvons laisser une miette du roman, dont l’écriture est saisissante et la lecture est captivante. Arthur Dreyfus sait accaparer ses lecteurs, et saisir les actualités du moment. Une chose est sûre, il demeure un témoin de son époque.

Bravo !

 

FATHI CHARGUI

Sans Véronique-roman de Arthur Dreyfus-251 pages- éditions Gallimard-janvier 2017

( 21 décembre, 2016 )

Des livres mouillés par la mer de Gérard macé

 

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Des livres mouillés par la mer de Gérard macé

 

Promenade litteraire

 

Prendre le large et effectuer un voyage avec Gérard macé est un régal. Imaginez-vous faire une promenade littéraire entre l’écriture et la poésie. Avec ce grand érudit on glisse sur les vagues de l’oral et de l’écrit. Depuis la nuit des temps, l’oral était privilégié à l’écrit. Ne dit-on pas que l’oral reste des siècles millénaires. Il est perpétué par le biais du bouche-à-oreille, alors que l’écrit s’efface, jaunis, ternis comme une photo sépia. Il n’en demeure pas moins que l’écrit a vu des jours meilleures, perpétués par la voie du sacré et du secret. N’a-t-on pas vu nos ancêtres écrire sur de la porcelaine, une assiette ou une tasse de café, à l’occasion d’un événement heureux, boire à la veille d’un examen, une excision, ou à mariage, en espérant la réussite, le moins de mal, ou le bonheur.

L’oral a été de tout temps la voie la plus prisée par les poètes antiques, les tribus africaines, perpétuant les contes et les exploits des héros de guerre.

L’écrit a pris la relève avec la transposition de l’oral sur les supports pour conserver ses traces. On a vu écrire sur les os, les peaux de bêtes, les palmes, les pierres. Avec les religions, le support a pris un sens de conservation du sacré, d’abord on a écrit sur les os, les peaux de bêtes avant de reproduire les textes sacres sur le papier. Le sens du sacré est repris dans les talismans, ces, grigris que les hommes portent sur eux pour éloigner les mauvais œil.

D’où Gérard Macé a-t-il tiré le titre de son livre » Des livres mouillés par la mer »?Est-ce de » La tempête » de Shakespeare ou de Rimbaud, seul son imagination fertile peut nous le dire.

 

Fathi Chargui

Des livres mouillés par la mer de Gérard Mancé—128 pages — octobre 2016–Gallimard

 

 

 

( 3 août, 2016 )

Golem de Pierre Assouline

 

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Golem de Pierre Assouline

Assouline, le magicien

Attention ! la lecture du nouveau roman de Pierre Assouline, peut vous tenir en haleine. Golem est un piège, irrésistible, tenace. Golem ne vous lâche pas, de la première à la dernière page. À partir d’un jeu d’échecs, vous êtes cernés, ténus en tenaille entre le jeu et le suspense de l’intrigue. C’est un polar mais aussi un roman bourré de référence à l’histoire du XXe siècle, la Shoah, et tant d’autres malheurs. Comment un joueur d’échecs de renommée mondiale est inculpé à la suite d’un accident, de la mort de sa femme. Le comble de l’histoire est qu’à la suite d’une opération chirurgicale, son cerveau est bidouillé. D’un joueur d’échecs est devenu un surhumain. Un homme d’une autre planète, d’un autre monde. Un « homme augmenté » à la mémoire surmultipliée, un  trans(ou post) humain, un Golem. L’auteur aborde en effet des sujets non seulement pointus, mais contemporains et chauds bouillants. Il est ainsi question de l’intelligence artificielle, des neurosciences, de la neurologie, des lobbies pharmaceutiques, du « trans-humanisme. Une fable truculente et incontestablement intelligente.

 

FATHI CHARGUI

Golem- roman de Pierre Assouline—258 pages—Gallimard–2016

( 17 juillet, 2016 )

Celle que vous croyez- roman de Camille Laurens

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Celle que vous croyez- roman de Camille Laurens

L’amour à cinquante ans

C’est l’histoire de l’amour éperdu de Claire–une femme proche de la cinquantaine—pour un photographe trentenaire, qui la rejettera peu de temps a prés. Pour séduire son jeune amant, Claire prend en effet l’identité d’une femme de vingt ans et jongle d’un profil (virtuel) à l’autre tout au long d’une malheureuse histoire d’amour qui la conduira à l’hôpital psychiatrique. Les voix et les témoignages se mêlent dans cette descente aux enfers. Mais comment distinguer le vrai du faux dans ce roman aux multiples talents. Jeux de miroirs, miroirs aux alouettes. Ce roman nous entraine petit à petit face à une femme qui sombre dans la folie. Ici le psy  explore la personnalité de cette femme qui a pété les plombs suite à un amour qui aurait mal tourné avec un homme plus jeune. Qui est réellement cette femme ? Qu’est-ce qui est réel ? Virtuel ? Qui écrit ? Est-ce autobiographique ? Qui ment ? Qui dit la vérité ? C’est quoi l’amour ? Et le désir ? Quel désir ?… Le roman de Camille Laurens rend compte des mille zones d’ombre de la personnalité de la femme de cinquante. L’amour à cinquante ans existe-t-il ?  Peut-on être aimé à tout âge ? Au travers d’écrans interposés, Camille Laurens  fait le constat sévère et douloureux de l’indifférence dans les sociétés occidentale. Le roman de Camille Laurens est remarquable à plus d’un titre.

FATHI CHARGUI

Celle que vous croyez-roman de Camille Laurens–186 pages-Gallimard-2016

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