( 25 août, 2017 )

Un chef-d’œuvre

AVT_Mario-Vargas-Llosa_2022

 

 

sans-titre

Voilà un écrivain génial donc inégal, un prix Nobel de la littérature qui nous donne une leçon de savoir-vivre dans nos médiocraties, dans des sociétés en périclitation, où les civilisations se sont évaporées pour céder la place à la médiocratie ambiante, tout pue dans ses entrailles, les crises économiques, sociales et culturelles, tout fout le camp, la littérature, les langues et la morale, le savoir-vivre. Désormais, on parle la langue des SMS, à demi mot, en syllabes, en insultes et injures. Le constat est flagrant. Mario Varga Llosa nous invite au travers un Pérou de dictature, on déambule à Lima, au carrefour des cinq rues. Tout y est le chantage, l’argent, le sexe, la corruption, la dictature, la richesse et la pauvreté. Comment passe-t-on d’une orgie à un assassinat, d’une presse de caniveau comme on en voit tous les jours, à un lynchage médiatique qui secoue tout le Pérou. D’un chantage en bonne et due forme à un crime. Qui à tué le baron de la presse nauséabonde ?

L’ingénieur Enrique Cardenas, richissime patron péruvien, est racketté par un journaliste de caniveau, Rolando Garro, patron d’une petite revue à scandales, « Strip-tease » ; le marché est simple : soit Cardenas investit dans le développement de sa feuille à ragots, soit les photos -très- compromettantes que détient le maître-chanteur seront publiées. Refus catégorique de l’industriel, parution d’images sans équivoque, que tout Lima s’arrache… Le scandale retombe vite mais Rolando Garro est assassiné et sa fidèle assistante surnommée « la Riquiqui » mène une enquête qui la conduira aux plus hautes instances du pouvoir, jusqu’au chef de la police politique du dictateur Fujimor.
Aux Cinq Rues. La presse, qui chez Vargas Llosa joue un rôle important, est ici au cœur de l’intrigue. La presse de caniveau, celle qu’on s’arrache pour ses photos volées et ses révélations scandaleuses. Vargas Llosa met le doigt sur cette presse à la diffusion de masse et sur son pouvoir redoutable, puisqu’elle excelle à ruiner et défaire les réputations. Ce roman se déroule au Pérou sous le régime autoritaire du Président Fujimori, dans un pays  ébranlé par les attentats. Dans le quartier des Cinq Rues, un peu louche où l’on croise des tripots et des prostituées, mais aussi un poète raté et une journaliste fouineuse qui n’a pas peur de  montrer la collusion de la presse et du pouvoir à des fins pas toujours honorables,

La virtuosité de Mario Vargas Llosa excelle dans des virevoltes inattendues, autant sur le plan médiatique qu’érotique. Dans le chapitre intitulé « Un tourbillon », l’auteur entrelace tous les fils narratifs avec une virtuosité stupéfiante. Chapeau bas l’artiste ! Vous méritez toute notre considération. Bravo !

FATHI CHARGUI

AUX CINQ RUES, LIMA de Mario Vargas Llosa—292 pages–Gallimard

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