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( 13 janvier, 2016 )

Nocturne indien

 

 

 

 

 

 

nocturne indien

 

Superbe métaphore

Une histoire étrange, celle d’un narrateur innommé  parti en Inde chercher un autre homme qui n’était probablement que lui-même. Un jeune homme débarque à Bombay (Inde) à la recherche d’un ami disparu ; il n’a que peu d’indices. D’un hôtel louche à une salle d’hôpital, d’un couvent portugais à une société théosophique, de Bombay à Goa en passant par Madras, il tente de reconstituer son itinéraire. Il ne retrouve pas cet ami, mais peut-être n’est-t-il à la recherche que de sa propre identité…

Le héros de ce « parcours illogique » est « quelqu’un qui ne veut pas qu’on le trouve » et qui, en conséquence, affirme que « ça ne fait pas partie du jeu » de dire qui il est.
A chaque parution le même plaisir, le même mystère qui s’ouvre avec le livre et qui reste, en fin de lecture, tout aussi mystérieux mais un peu plus familier. Comme si l’écrivain nous apprenait à voir en nous les parts d’ombre qui se sont constituées, les voir sans les percer, comme s’il fallait juste apprendre à les accepter. A l’instar de Diogène, l’écrivain cherche un homme, en fait il se cherche lui même sans pour autant se retrouver .
Connais-toi toi-même disait Socrate,  et tu connaîtras l’univers et les Dieux « Connais-toi toi-même » : cette inscription placée sur le fronton du temple de la pythie de Delphes est très célèbre. Cependant cette devise delphique, qu’on attribua à tort à Socrate, n’était pas un encouragement à une connaissance psychologique de soi, mais un rappel à l’ordre. Elle avait pour but de remémorer aux individus qu’ils n’étaient que des mortels : elle invitait les voyageurs à la prise de conscience de leurs propres limites. On oublie d’ailleurs que cette exhortation, « Connais-toi toi-même », était suivie de « … et tu connaîtras l’univers et les dieux. » Un individu disposant d’une connaissance parfaite de soi serait donc l’égal d’un dieu. Pour les philosophes grecs, la connaissance de soi-même est synonyme de sagesse. Elle permettrait en effet à l’individu de prendre conscience de ses propres limites, de se libérer de ses défauts, de développer ses qualités, et, en faisant abstraction de tout ce qui dans le « je » n’est pas personnel, de prendre conscience de sa véritable identité et, au fond, de sa liberté. S’agit-il ici d’allégorie, de parabole ou d’une légende ? Seul Tabucchi a le secret de ce tour de passe-passe. Génial !

FATHI CHARGUI

Nocturne indien — Roman de Antonio Tabucchi —122 pages — Editions Gallimard

( 13 janvier, 2016 )

Une jolie fille comme ca

Les Meilleures sélections de romans

 

( 27 décembre, 2015 )

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Une jolie fille comme ça de Alfred Hayes {éditer}

 

                       

Une jolie fille comme ça

Huis clos
Deux âmes perdues dans l’océan de la société Hollywoodienne. Un scénariste qui atteint le Zénith de son art .Une actrice en mal de célébrité, ratée dans sa carrière cinématographique. Deux âmes à la recherche de l’autre. Le point de rencontre de ces deux êtres, le jour ou l’un tente de se suicider et l’autre lui vient à son secours. Le hic de cette histoire, c’est que ni l’un ni l’autre ne tienne à poursuivre l’aventure. Le scénariste ne tient pas à avoir une nouvelle aventure amoureuse. L’actrice à ajouter à ses nombreuses aventures une énième déception de plus.

Voilà l’histoire : Un scénariste aperçoit une jeune femme se jeter dans l’océan. L’ayant sauvée d’une noyade certaine. Pour le remercier, elle prend contact avec lui.
Un amour tragique est né entre le scénariste à succès et l’actrice ratée. Il la sauve, ils se reverront, elle n’est pas son genre, ce qui est d’autant plus dangereux, et ils vont basculer dans une histoire où les sentiments affleurent sous la froideur et le cynisme apparents. Avec sa maïeutique habituelle Alfred Hayes construit un huis clos comme on piège deux souris dans une même cage, pour voir laquelle dévorera l’autre. Avec son scalpel de chirurgien chevronné, On passe  de la maison du narrateur, à la chambre minable de l’actrice. Sinon, le couple est enfermé dans une voiture. Leur seule échappée, un dimanche à Tijuana, ne les mènera qu’à assister, telle une mise en abyme, à une corrida : métaphore,. Condamnée à être mise à mort par les hommes dans une arène qui n’est autre qu’Hollywood. Alfred Hayes met en scène une  romance triste où les êtres se déchirent et se dévorent : on dirait le film : «  Qui a peur de Virginia Woolf ?» d’Edward Albee avec Elisabeth Taylor et Richard Burton. Une histoire (au même ton désenchanté),  concentrée sur l’anatomie du rapport à l’autre. « Je t’aime, moi non plus ». La femme fatale, cette jolie fille, ne le sera qu’à elle-même, hantée par les spectres d’une enfance difficile, par tous les hommes, qu’elle a rencontrés.
Entre le scénariste et l’actrice, il ne se passera pas grand-chose, parce que le narrateur n’a même pas envie de vivre l’histoire d’amour qui s’offre à lui, si brève soit-elle. Mais que peuvent partager deux âmes perdues, sinon le même fardeau de malentendus, de semi-mensonges et de non-dits de plus en plus pesants? C’est un désastre annoncé qu’orchestre le romancier. Annoncé depuis leur premier baiser, «un signe quasi prémonitoire», écrit Hayes, puisque, ce jour-là, la terre a légèrement tremblé à Los Angeles…
C’est très visuel, c’est cinématographique. On sent l’odeur des cigarettes, de l’alcool, on se représente les sourires faux dans les soirées où tout le monde connaît tout le monde. Avec une psychologie à la Hitchcock. Superbement écrit et traduit, d’une beauté universelle. C’est superbe !

FATHI CHARGUI

Une jolie fille comme ça Roman de Alfred Hayes–167 pages–Gallimard–octobre 2015

 

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