• Accueil
  • > Archives pour novembre 2015
( 18 novembre, 2015 )

A ce stade de la nuit

2f0928c25ff3f884e8d2fa38835bd328-1445600478

 

Lampedusa, mon amour !

Les naufragés de la révolution

Quel rapport existe-t-il entre Lampedusa et Visconti ? A priori aucun, sauf que Lampedusa  a été le théâtre de l’arrivée de centaines de migrants en 2011, lors du printemps arabe. La ruée vers l’or a rassemblé des migrants de différentes nationalités. Dans ce chaos, beaucoup de naufragés ont trouvé refuge en Italie, aux abords de la Méditerranée. Maylis de Kerangal saisit cette occasion pour tisser une histoire magique où Lampedusa du « guépard » met en scène le déclin de l’aristocratie sicilienne au début du XXe siècle. Lampedusa. C’est d’abord le visage de Burt Lancaster qui s’impose. Il est le prince Salina de Lampedusa du « Guépard » de Visconti, film  adapté de l’unique roman de Guiseppe Tomasi de Lampedusa. Le « Guépard » dont l’auteur a soudain la révélation qu’il fut  filmé « comme un naufrage ». ,  Ce film légendaire où Visconti avait réalisé en coup de maitre le grand bal comme un interminable naufrage, celui d’une société en décrépitude s’absorbant dans la lente dépose du temps. De digressions en digressions, l’auteur passe comme par enchantement de la réalité à l’imaginaire, comme le flux et le reflux, qui charrient le corps des noyérs. L’auteur se laisse prendre dans les filets des souvenirs d’autres iles et d’autres voyages, et d’autres villes. Avec ce texte tendre et révolté à la fois,  l’écrivain sauve des naufragés de l’oubli et des eaux de la Méditerranée. Ce roman ressuscite le mythique Burt Lancaster, le magnifique « le guépard », dans  les décors de la Lampedusa. De Lampedusa, Visconti passe à « Mort à Venise ». Un régal !

FATHI CHARGUI

A ce stade de la nuit – Roman de Maylis de Kerangal -74 pages-Editions Verticales-Gallimard

 

 

( 6 novembre, 2015 )

Noireclaire de Christian Bobin

 

 

 

 

 

noireclaire

Noireclaire de Christian Bobin

 

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé

 

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » ( Lamartine ». Tel est le thème du livre de Christian Bobin. L’amour, la vie, la mort. Qui peut mieux que Bobin décrire la souffrance d’un homme pour un être chéri aimé et perdu. Nul ne peut penser qu’un jour nous ne verrons plus jamais l’autre que nous  chérissons admirons a en perdre la raison. Avec Bobin la vie ne s’arrête pas à la mort de l’autre, mais à l’amour que nous portons dans nos cœurs toujours ravivé, comme la flamme du soldat inconnu, par nos souvenirs et nos rêves éveillés. Comme hanté, Christian Bobin fait advenir l’être aimé dans le monde sensible : souvenirs comme des instantanés de vie inlassablement présents, parfums, sourires, paysages.. Voici bien des années que Christian Bobin a perdu sa compagne.                          Depuis, le poète fait face à l’absence. Avec Noireclaire, son dernier ouvrage, il parle à celle qui n’est plus: de son amour, de ses déchirures, lui donne des nouvelles d’en haut. C’est une sorte de journal du quotidien, bien dans la manière de Christian Bobin. Christian Bobin écrit un recueil de prose-poésie où le clair et l’obscur se relaient comme un refrain de bonheur.

Noireclaire… Au travers de ses phrases nous sommes balancés entre le clair et l’obscur comme la pendule du temps qui passe. Seconde par seconde nous suivons l’écoulement du sable dans le sablier des souvenirs. A chaque grain les scènes de la vie refont sur face et l’empotent sur la mort. Ici la mort ne signifie plus rien. Peut être la résurrection.   

FATHI CHARGUI

Noireclaire de Christan Bobina- 77 pages-Gallimard-octobre 2015

|