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( 19 octobre, 2014 )

Un espoir, des espoirs Roman de Fellag

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Un espoir, des espoirs Roman de Fellag

 

Le prestidigitateur de l’imagination

 

Flaubert n’a pas fait figurer le rêve dans son dictionnaire des idées reçues.C’est qu’aucun auteur  ne laisse aller son  imagination. Tous les auteurs pensent utile et, en ce sens, comme en d’autres, ils préfigurent ce monde moderne où nous nous débattons dans le nécessaire et le réactif, et bien que je préfère Sainte-Beuve, à cause de son goût immodéré des femmes, à Rousseau, je ne peux que frémir  en lisant ce que le premier reproche au deuxième, tout simplement de rêver. C’est donc réellement avec l’avènement de la société industrielle que la chasse au rêve s’ouvre, chasse qui n’a connu depuis lors ni temps mort, ni répit , l’autorité rappelait au prisonnier que la seule liberté était dans le travail. Or, c’est  par le rêve de ce qui  fut et de ce qui pourra être, que le concentrationnaire se sauve.

En conséquence de quoi, qui refuse d’abdiquer, s’invente une seconde vie, selon le mot de Nerval. En conséquence de quoi il faut rêver! Ne dit-on pas l’espoir fait vivre ?

Il faut rêver qu’au bout de la rue, le bistro à Ménilmontant est le lieu de tous les plaisirs, de toutes les fantaisies, de tous les fantasmes. Fellag, le génial inventeur de ce bar de Ménilmontant pousse, jusqu’à l’absurde, plus loin que Prevert, Bekett, Magritte, réunis, l’analyse spectral de ce monde, en l’occurence l’histoire de son pays l’Algérie.C’est qu’il a mis son crayon dans la tête secrète, oubliant à dessein le superficiel. C’est-à-dire l’enveloppe humaine, la guenille. Comme tous les méditerranéens. Falleg, est sous ses allures débonnaires, un terrible avaleur, un terrible capteur de vérité, et quiconque se frotte à lui  aura du mal à vieillir.

Il faut rêver avec les pages d’histoire d’une époque révolue où tout n’était peut-être bon, mais où tout était encore suffisamment inorganisé pour qu’on puisse s’y aménager des zones de repli.

Il faut rêver avec les instantanés de l’histoire qui tutoye comme nul autre la réalité et ce qui se cache derrière.

Il faut rêver que Fellag habite soudainement votre immeuble et que tout alors se transforme dans votre existence. Il faut rêver et l’écrire, et si, par bonheur, et parce que vous savez voir sous le  nappreron et le salpêtre du quotidien l’extravagante  substance dont il est fait , vous composez une sonate de la force de Fellag, vous pourrez à nouveau vous plonger et rêver, tel Diogène sur la plage.

Il faut rêver.

Et reprendre des forces.

 

FATHI CHARGUI

Un espoir,des espoirs—Roman de Fellag—111 pages—

JC Lattès—octobre 2014

( 19 octobre, 2014 )

Le livre des paraboles de Per Olov Enquist

 

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Le livre des paraboles de Per Olov Enquist

Confessions intimes 

C’est un des derniers monstres sacrés des lettres scandinaves, Per Olov Enquist, un auteur dont la voix envoûtée surgit des brumes avec une délicatesse bergmanienne. Né en 1934 au nord de la Suède, il a grandi au coeur de paysages arc-boutés à l’infini, et ces décors lui ont inspiré une oeuvre qui ne cesse d’interroger les lointains, afin de comprendre les énigmes de notre condition. Ses confessions sont bouleversantes : un voyage au plus profond de lui-même. Vient un âge où ce qu’on a gardé secret réclame d’être exprimé.De quoi leur parler, sinon d’amour ? Voilà pourquoi ce récit, autant qu’une autobiographie semble un palimpseste de questions posées à la mémoire.  

Ainsi parlait Per Olov Enquist dans le livre des paraboles : À mille tressaillements qui parcourent son évocation de l’amour, on le pressent  prêt  à tout risquer. Dans sa besace, tout y est. Le goût de l’image, et le réflexe quasi sauvage de la gommer aussitôt. C’est une manière d’angoisse qui ne trompe pas. Et et son histoire de l’amour au tout début, vaut surtout par ce qu’elle suggère de lui-même.

C’est un roman  qui s’est manifestement écrit comme on respire, le coeur au vent, et les souvenirs en émoi. D’où son attrait qui n’est pas mince, et l’envie, qu’ii fait naître, de revenir à sa propre adolescence. l’auteur a remis les images en face de l’objectif, nous laissant juste la place de nous glisser entre, c’est à dire dans le clair et l’obscur. C’est comme si la chair donnait naissance à la conscience. Que demander de plus?

c’est le talent du romancier qui la rend telle que nous voulons qu’elle soit. Per Olov Enquist n’en manque pas.  Lisez Per Olov Enquist, et demain  vous serez dans le coup.

 

FATHI CHARGUI

Le livre des paraboles-Roman de Per Olov Enquist—

237 pages–actes Sud–octobre 2014

( 5 octobre, 2014 )

Excursions dans la zone intérieure de Paul Auster

 

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Excursions dans la zone intérieure de Paul Auster

La madeleine de Proust

 

Une exploration autobiographique scindée en deux, le premier volet puisant son matériau au registre des sensations physiques, éprouvées tout au long d’une existence, telles que les a enregistrées la mémoire au fil des ans, le second négligeant le corps pour se concentrer sur la formation intellectuelle et spirituelle du même individu, en l’occurrence Paul Auster, écrivain américain né en 1947. Paul Auster revient sur les traces de son propre passé, à cette époque lointaine où l’enfant faisait ses premiers pas dans le monde et s’efforçait de comprendre une réalité qui lui échappait en grande partie. Excursions dans la zone intérieure nous invite à un voyage incertain, entre mémoire et oubli, où se dessine par d’infimes touches ce portrait de l’artiste en jeune homme que l’auteur n’a pu s’empêcher de peindre, évitant avec bonheur les pièges du solipsisme et de l’introspection.

 

FATHI CHARGUI

Excursions dans la zone intérieure roman de Paul Auster—363 pages—Actes Sud

 

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