( 12 juin, 2014 )

Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud

 

 

 

 

 

 

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Un régal !

Avec Meursault, contre-enquête, Kamel Daoud donne un frère à la victime du Meursault de l’Etranger.  l’auteur de Meursault, contre-enquête, pourrait reprendre à son compte l’univers de camus tant son personnage principal, nommé Haroun, ressemble, au bout du compte, au meurtrier de « l’Arabe ». Haroun? Le frère de l’Arabe, justement, la victime sans nom de cette fiction de l’absurde.Reclus dans un bar d’Oran , le narrateur de Meursault, contre-enquête se confie à un universitaire camusien qui veut entendre sa version des faits. A son frère, il commence par rendre son prénom : Moussa. Au soir de sa vie, Haroun raconte comment tout est parti de ce funeste dimanche ensoleillé de l’été 1942, sur une plage , à 14 heures. Cinq coups de revolver tirés par un roumi dans « une nonchalance majestueuse », et disparition brutale de son frère aîné, Moussa, figure tutélaire de la famille depuis que le père s’est volatilisé, une nuit. « Comment peut-on tuer quelqu’un et lui ravir jusqu’à sa mort? » se demande le cadet de M’ma, qui supportera la folie et la haine de sa mère(« J’étais un objet, pas son fils ») jusqu’à ce qu’il commette, à son tour, l’acte insensé: descendre, au lendemain de la libération, à Hadjout (anciennement Marengo), là même où est censée être enterrée la mère de Meursault, un gros Français à chemise à carreaux. « Ce n’était pas un assassinat, mais une restitution », souligne le narrateur. Kamel Daoud donne à “l’Arabe” – de L’Étranger d’Albert Camus – un nom, une identité, un passé… non pas pour que sa mort ne soit pas vaine, mais pour rétablir la vérité qu’il recherche tout au long de son roman… dans la fiction ! L’auteur ne se contente pas de donner une autre version des faits, il contraint ses personnages à (re)marcher sur les traces des protagonistes de la fiction qui l’a inspiré, en quête d’un sens à la mort.il veut que l’Arabe, son frère, ait droit au même tombeau de mots que l’Européen condamné à avoir la tête tranchée. Meursault, à propos de son crime, tentait de préciser les « causes » : « Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front (…). Il m’a semblé que le ciel s’ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s’est tendu et j’ai crispé ma main sur le revolver. » Tué à cause du soleil, vraiment ? Haroun pose la question en faisant entendre des échos de L’Etranger.

« Le héros de l’étranger ne lutte-t-il pas en effet  désespérement contre l’adversité du monde? Et n’est-ce pas ce combat( peut-être perdu d’avance) qui fait toute l’importance historique du livre? Des ses premieres pages, en tout cas, on sent bien les métamorphoses humanisantes qui guettent la voix narratrice blanche, pourtant sur le qui-vive, tel le fameux cap « somnolent » que Sartre, dans un jugement trop rapide, reproche à l’auteur comme faute d’inattention. Ce sont-elles, ces métaphores, qui gagnent sournoisement du terrain chaque fois que s’amollit vers la jouissance sensuelle, ne serait-ce qu’un instant, l’insensibilité militante d’une technique phénoménologiste trés aguerrie. Et ce sont elles bien entendu qui finissent par submerger, dans la longue scène du crime. Les derniers barrages de ce style volontairement lavé, bien que censément naturel, dont l’utilisation apparaît alors comme un masque porté par une belle âme malheureuse, qui feignait- sans aucun doute pour d’obscures raisons morales- d’être une pure conscience husserlienne et rien d’autre… » Ecrit Alain Robbe-Grillet dans son article publié dans le magazine littéraire.

FATHI CHARGUI

Meursault contre enquête Roman de Kamel Daoud—153 pages—Actes Sud—paru le 7 mai

 

 

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