( 18 janvier, 2014 )

Nous sommes tous à égale distance de l’amour de Adania Shibli

 

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Nous sommes tous à égale distance de l’amour Roman de Adania Shibli

Quelques  mots  d’amour

 

L’idée que les palestiniens sont doués de la volonté d’exister ensemble quelque part, qu’ils constituent un  peuple, une nation, n’a pas surgi des décombres de Beyrouth-Ouest. Que le nationalisme palestinien soit né en réaction à la création de l’État d’Israël, ou qu’il lui ait été antérieur, le fait est qu’il existe bel et bien aujourd’hui.

Ne serait-ce qu’en voyant une larme couler sur le visage d’une femme palestinienne dont le fils ou l’ami, en tenue de combat , doit de nouveau plier bagage, on sent bien qu’il faut aller plus avant dans la connaissance de ces gens.

Pour tenter de comprendre leur histoire,plusieurs fois douloureuses, on ne peut se satisfaire de ce que tout le monde sait déjà : que les- ou- des palestiniens ont eu recours à la violence et au terrorisme.

En retraçant leur passé, en brossant quelques itinéraires, en décrivant la communauté palestinienne exilée un peu partout dans le monde, en laissant s’exprimer certains d’entre eux, membres ou non de l’OLP (organisation de libération de la Palestine), en nous interrogeant sur leur avenir, en faisant poindre des paroles de coexistence ou même en choisissant des stances de leur vie, nous voulons qu’au moins cette idée, que quatre millions et demi d’hommes et de femmes vivent sans patrie, ne s’évanouisse pas.

Nous sommes tous à égale distance de l’amour de Adania Shibli  est un peu une pièce de théâtre, un peu, un long poème, débridée, un peu la chronique onirique d’une palestinienne, : et tout cela confondu, imbriqué, complémentaire, nous donne un roman vraiment original. Impossibles d’y adjoindre une quelconque paternité, style musique giralducienne ou tempo saganesque: d’emblée, Adania Shibli  impose sa marque, avec un rien de fierté, et beaucoup de cette assurance qui manque tant au premier communicant de la religion romanesque. Il y a bien cette jeune postière, qui change quelquefois dans le courrier qui lui passe entre les mains « Palestine » en « Israël ». il y a cette femme qui écrit à un homme jamais rencontré et cette autre, mariée, qui tombe amoureuse de son médecin ; il y a ce jeune employé de supermarché qui n’ose parler à la belle aperçue assise sur un banc et cet homme qui menace de tuer celle qui l’a rejeté…

Il n’y a pas de fin à « Nous sommes tous à égale distance de l’amour de Adania Shibli » car tout simplement il s’agit d’un recueil de nouvelles, où les personnages sont uniques. On ne les oublie pas: leur auteure ne leur a pas fermé la porte au nez.Avant qu’on ne les retrouve dans un second recueil de nouvelles de cette jeune romancière, qui s’est déjà glissée dans nos habitudes livresques, et qu’on attend comme une amie.

Enfin une romancière qui nous embarque sur un tapis volant ! Une aubaine, non ? Aujourd’hui, même les avions qui décollent ne sont pas sûrs d’arriver. Plus moyen de planer… De quitter cette grisaille maussade qui nous gâche le quotidien. Alors, surtout, ne ratez pas le départ : prenez-le à l’heure où les bruits de la ville s’apaisent, les volets fermés, pelotonné dans un oreiller ouaté, lové  dans un lit indécent d’être aussi immense.

À mi-chemin entre ciel et terre, la ou les routes sont en fuite, des étoiles au creux des tempes, rejoignez Adania Shibli, cette romancière dans son lit d’amour. Pour y entrer, un seul mot de passe « Ne conduire jamais rien, pas même un rêve,jusqu’à son terme » . Mais reprenons. Vous êtes bien là, la tête vide, les sens en éveil, la mémoire qui caracole, le corps en attente, la langue pointée entre les lèvres, laissez-vous aller. La nuit  sera longue, ou courte, c’est  selon..Les personnages se livrent à une étonnante partie de cartes ou l’enjeu est un incessant corps à coeur. Sur son tapis magique, elle disperse les cartes à jouer ; au dos de chacune d’elles, au lieu des figurines, elle a collé un fragment de photos de personnages, visage croisé un jour, aimé un instant, pour toujours. Et d’une main alerte, experte, elle décode sa vie, plaisirs volés,réduits en petit tas. coupe, étale le papier lisse, vernissée et avec innocence, retourne une carte, puis l’autre, puis l’autre… Étranges flashes-back, séquences inachevées d’une vie en Kodachromes qui voltigent d’une caresse appuyée à l’autre, d’un lieu de parenthèses — à la moiteur des corps ou une épaisse vapeur d’eau brûle l’air.

FATHI CHARGUI

Nous sommes tous à égale distance de l’amour de Adania Shibli—125 pages-Actes Sud- Roman paru le 8 janvier 2014

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