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( 7 décembre, 2013 )

Quelque chose d’écrit Emanuelle Trevi

 

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Quelque chose d’écrit Emanuelle Trevi

 

Ce livre est un hommage rendu à Pasolini et à ceux qui l’ont cotoyé dans sa vie, et à ceux qui ont travaillé  particulièrement  pour Laura Betti, mémoire fidèle de l’écrivain, et gardienne du temple du  fonds Pier Paolo Pasolinii.

Pasolini et la société italienne: tel est le face-à-face  mortel dont nous a entretenu  dans le détail un livre terrible intitulé « quelque chose d’écrit ». Tous les jours de sa vie.Pasolini a payé au prix fort le goût du paradoxe, de la provocation et de la liberté. Dissident du monde occidental:  nul mieux que lui ne mérite cet  habit de lumière. Puisqu’il n’aura cessé , cet hérétique, cet indésirable, cet empêcheur de penser en rond, de gêner tout le monde : gauche, droite, marxites, et démocrates- chrétiens. C’est en retour, une véritable paranoïa sociale qui s’exerce contre celui qui n’était pas seulement un homosexuel, mais un écrivain- cinéaste- communiste- journaliste- poéte-peintre- homme de théâtre. De 1949 à 1977 (dont par-delà la mort même ) Pasolini aura été la cible privilégiée de la magistrature et des forces de répression de l’État. « Par État, j’entends (écrivait-il en 1960) cette atroce entité clérico-fasciste qu’est bureaucratiquement  et formellement l’Italie »

Adolescent, sa « différence » restera longtemps  son déchirement secret de sa conscience. Le premier scandale dont il est victime a pour origine la rumeur politique. On l’accuse d’avoir abordé des mineurs  et de les avoir conduits en rase campagne… C’est à l’occasion du procés  qui s’ensuivra que paraitront  dans la presse les premiers entrefilets fielleux à son endroit, puis la haine des  Tartuffes se déchaînera. Un certain nombre de journaux italiens ne cesseront  plus de se livrer  sur lui à ce qu’on peut appeler un lynchage idéologique. Il est l’homme à abattre et le cinéaste à faire taire. Dans la rue, il est agressé, comme il se doit, en maintes circonstances. « Ma situation écrit-il en 1969, se présente sous le signe de la terreur. Il s’agit à mon égard d’une volonté précise de persécution. Je suis complètement seul. Et par dessus le marché aux mains du premier qui voudra me frapper. » La passion selon Pasolini  ne fait que commencer. Aujourd’hui, cette actualité intemporelle de Pasolini,  ne  voilà t-’il pas  qu’elle trouve sa juste place à travers ce livre.

Je suis scandalisé, affirmait Pasolini.Je le suis dans la mesure où je tends une corde,  bien plat, un cordon ombilical, entre sacré et profane ». Tout le cinéma de Pasolini est là, dans cet écartellement, cet équilibre instable entre l’obscénité et la sainteté, entre le sexe et la transcendance comme dit Sollers. Ou encore plus explicitement entre Sade et Saint Mathieu ! Ce qu’il cherche, c’est la réconciliation de son univers déchiré, à travers des films peu réductibles aux étiquettes habituelles. C’est en poète et en  romancier qu’il aborde le cinéma (à l’âge de 40 ans) avec Accatone puis Mamma Roma, découvrant un réalisme poétique et semant des gros plans de visages comme autant de digressions photographiques. Comme de juste, les humbles et les soufflants occupent une large place dans cette oeuvre si moderne et si antique à la fois. Chacun désormais peut y puiser selom ses besoins ou son envie, préférér le néoréalisme léger et espiègle aux fables didactiques. On peut aussi  tout aimer   dans cette oeuvre d’amour , dans cette vision « épico-religieuse du monde , comme lui même la qualifiait parfois.

FATHI CHARGUI

Qulque chose d’écrit de Emanuelle Trevi -357 pages-Actes Sud- novembre 2013

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