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( 28 novembre, 2013 )

Le cinématographe de Claude Miller

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Le cinématographe de Claude Miller

Claude Miller a douze ans lorsqu’il écrit Le Cinématographe, retrouvé dans ses papiers après son décès récemment. Entre rage et grâce, un texte qui porte les fulgurances et les presciences de l’enfance.

Ces textes inaugurent déjà une vision prématurée de sa future œuvre. D’emblée tout est dit: la trisiesse, la noirceur du regard face à un monde en pleine guerre dominée par le racisme et l’antisémitisma. Tout cela a marqué d’une empreinte indélébile l’enfance de Claude Miller. C’est un cri du cœur d’une enfence qui sera repris dans la plupart de ses films :

La Petite voleuse, un fim qui se déroule durant la Seconde Guerre mondiale, où Claude Miller tend ainsi à mesurer l’évolution et les effets de l’éducation d’une enfant.

La Classe de neige. Traitant d’un sujet grave, le film laisse éclater au grand jour l’une des thématiques qui jalonne toute la filmographie de Miller, à savoir les traumas de l’enfance, plus ou moins enfouis, et plus ou moins sévères.

Un Secret, adapté du roman autobiographique de Philippe Grimbert, se fait l’écho de l’enfance juive de Claude Miller durant l’Occupation parisienne, un passé sur lequel il était jusqu’alors resté discret.

Cette centaine de pages est en elle-même un constat d’échec de l’incommonicabilté entre monde des adultes et le monde des enfants.D’où les blessures de l’enfance. Enfance malheureuse attristée par les crimes de guerre et l’antisémitisme. Ces textes poétiques qui traduisent la peine d’un petit enfant est déchirement. On ne peut rester de marbre. La preuve ses fims, ses images, ses textes, ses mots, tirés comme des coups de feu contre l’ennemi.

FATHI CHARGUI

Le cinématographe de Claude Miller-96 pages-Actes Sud- novembre 2013

( 26 novembre, 2013 )

A vue de nez de Céline Curiol

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A vue de nez de Céline Curiol

Mémoire chimique

Parfois une odeur, un goût, un bruit nous plonge dans le souvenir d’un moment où nous avions déjà goûté, entendu ou vu la même chose.
De même qu’en se concentrant suffisamment sur un souvenir, on peut avoir l’impression de sentir à nouveau une odeur, ou d’avoir encore le goût d’un plat dans la bouche, comme si on revit ce moment, alors que ce n’est qu’une réminiscence du passé.Notre mémoire est riche en souvenirs et lorsque l’on fait appel à tous nos sens, on peut très bien avoir l’impression de revivre un moment du passé.

C’est fou ce que la madeleine de Proust peut nous évoquer les parfuns du passé: Les odeurs, les images, les mots voire des stances de vie. Le parfum nous fait évoquer le temps qui passe voire la nostalgie des temps heureux.

Céline Curiol emprunte la plume à Proust pour nous faire voyager dans l’univers olfactif des hommes à l’instar des psychologues qui cherchent à démêler l’écheveau de l’acquis de l’inné.Ce phénomène est bien connu sous le nom de Syndrome de Proust, en référence à un passage de son roman A la recherche du temps perdu, dans lequel le goût d’une petite madeleine trempée dans son thé transporte le narrateur dans sa petite enfance. Véritables catalyseurs de souvenirs, les odeurs renvoient aux souvenirs des événements qui leur sont associés. Les sensations olfactives font ainsi revenir des souvenirs très anciens – souvent liés à la petite enfance et chargés d’émotions. Le plus surprenant est que cet exceptionnel pouvoir d’évocation s’accompagne d’une extrême difficulté à identifier les odeurs. Lorsqu’on présente des odeurs à l’aveugle, très peu de répondants sont capables d’identifier de quelle odeur il s’agit, même lorsqu’il s’agit d’odeurs aussi familières que la lavande, l’orange ou le citron. Alors qu’on associe spontanément et facilement des souvenirs aux odeurs, il est extrêmement difficile de les identifier et de les classer dans une catégorie d’odeurs de la même manière que l’on classe les couleurs dans des familles. Les spécialistes disent que la mémoire des odeurs relève de la mémoire épisodique (mémoire des souvenirs) plutôt que de la mémoire sémantique (mémoire des connaissances).

Odeurs et souvenirs enrechissent les différentes étapes d’une errance d’une écrivaine en quête d’aventures olfactives.Car on lit ce livre , comme en se promenant en bâteau . Partir , dit-on , c’est mourir un peu . Il est pourtant des voyages qui sont autant de retour à la vie . Des voyages au très long cours , des voyages toujours inachevés . Est-il d’ailleurs jamais question de débarquer vraiment ? Par hasard ou par nécessité , par amour ou par tendresse , par nostalgie ou par illusion , on s’est un jour retrouvé moussaillon ou passager clandestin et l’on a su tout de suite que cette errance-là serait la vie . Pour l’un , le périple a nom NewYork , pour l’autre , il s’appelle Paris, là, les odeurs et les parfums forgent la mémoire et créent les souvenirs.

« Ce que je sens n’est jamais ou presque , ce ce que je crois sentir.Les odeurs pénétrent en moi, mais faute d’habitude, je n’en tire que deux ou trois perceptions générales. Je peux en reconnaitre les tonalités les plus courantes, mais peu d’altérations subtiles ? En dessous d’un certain seuil de concentration, les molécules odorantes générent certes aucun signal éléctrique vers mon cerveau. »écrit Céline Curiol.

FATHI CHARGUI

A vue de nez de Céline Curiol-139 pages-Actes Sud-novembre 2013

 

 

 

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