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( 6 septembre, 2013 )

« Les Derniers Jours de la vie d’Albert Camus »

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 « Les Derniers  Jours de la vie d’Albert Camus »

                          Libre penseur

Il était assis sur le siège passager à à côté de son ami l’éditeur Michel
Gallimard. Ensemble, ils remontaient du Sud, du village de Lourmarin, où Camus
avait pris quelques jours de repos. C’est dans cette voiture, une Facel Vega,
que Camus avait parlé de ses projets. L’écriture, bien sûr, mais aussi le
théâtre. Et puis il y eut ce satané platane tout au bout d’une longue ligne
droite.

Et le bolide qui s’encastre, tuant Camus sur le coup.
Ce sont ces dernières heures, ces derniers jours que nous raconte José Lenzini
dans ce merveilleux récit. Enquêteur intimiste et fin connaisseur de la vie
d’Albert Camus, il a retrouvé les archives et les témoins. Lenzini retrace
également les dernières conversations, les dernières interrogations d’un homme,
un écrivain comblé, qui avait mille projets et de nombreux doutes aussi. Quand
ils arriveront sur les lieux de l’accident, les gendarmes retrouveront la
sacoche de cuir d’Albert Camus, contenant, entre autres, les 144 premières
pages du livre auquel il tenait tant et dont il avait entamé l’écriture : le
manuscrit du « Premier Homme ». Manuscrit inachevé qui ne sera publié qu’à
titre postum.

Dans Les Derniers Jours de la vie
d’Albert Camus, José Lenzini mêle un peu de fiction aux indications historiques
et à des propos tenus ou écrits par l’écrivain et dramaturge. Sa position sur
l’Algérie, son dernier livre, L’Homme révolté, son opposition à la peine de
mort ne lui avaient pas fait que des amis. C’est tout cela que montre en une
centaine de pages, mais de manière forte et précise, José Lenzini. Impossible
de ne pas être ému quand on lit que l’écrivain aurait pu éviter l’accident mortel
s’il avait pris le train comme il était prévu. On y découvre également un Camus
tenté par une carrière d’acteur.

«Une
pensée profonde est en continuel devenir, épouse l’expérience d’une vie et s’y
façonne. De même, la création unique d’un homme se fortifie dans ses visages
successifs et multiples que sont les œuvres.» À travers la diversité de leurs
formes d’expression: roman, théâtre, essai, journalisme, la pensée et l’œuvre
de Camus illustrent parfaitement cette cohérence fondamentale et ce dynamisme
fécond que définit Le Mythe de Sisyphe. Leur enracinement charnel, tant
dans la biographie de leur auteur que dans l’histoire contemporaine, leur refus
de tout dogmatisme, de tout «système» qui emprisonne ou mutile l’être humain,
dont la misère et la grandeur alimentent leurs doutes et leurs certitudes, la
place qu’elles font à la splendeur et à l’indifférence du monde, enfin
l’exigence morale, la passion et la lucidité qui les animent, sous le
classicisme du langage, sont probablement les traits les plus caractéristiques
de cette pensée et de cette œuvre singulières, à la fois limpides et secrètes. Camus
continue par la richesse de sa réflexion, le rayonnement et les prestiges de sa
création, à être présent dans la sensibilité et la conscience contemporaines.
L’œuvre de Camus, du vivant même de son auteur, et depuis sa mort, connaît une
réception paradoxale; célèbre et célébrée, elle est aussi déformée et dénigrée
par des critiques abusés par son apparente simplicité, ou aveuglés par leurs
préjugés philosophiques ou politiques; mais son humanisme lucide et rigoureux,
son effort pour ne rien nier ni de l’homme, ni du monde, la mythologie du
possible qu’elle propose, tant sur le plan philosophique que politique, sa
richesse morale, intellectuelle et esthétique ne cessent de confirmer que «la
création authentique est un don à l’avenir».

FATHI
CHARGUI

Les Derniers Jours de la vie d’Albert Camus-143 pages-Actes Sud

 

 

 

 

( 6 septembre, 2013 )

« Situation provisoire », de Gabriela Adamesteanu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Situation provisoire », de Gabriela Adamesteanu

                        L’œil du dictateur

Nous sommes en
Roumanie sous le « règne » de Nicolae Ceausescu, une période qui hante tous les
romans de Gabriela Adamesteanu. L’adultère est une affaire risquée. La
surveillance est partout, et la paranoïa grandissante donne à l’héroïne
l’impression d’être épié dans ses
moindres gestes et paroles. Quant au divorce, sa possibilité juridique reste
théorique : les personnes divorcées sont congédiées sur le champs pour
immoralité.

Ainsi Sorin, en
proie à un soupçon généralisé, en vient à se méfier de tous. Même de l’être
aimé. C’est bien la lente dégradation d’un amour étouffé sous le poids de la
défiance, mais aussi de la misère et d’une bureaucratie absurde, que raconte le
roman.

Ce roman tire
sa force de cette plongée dans la réalité pure te dure de vies soumises aux
foucades du tyran et de ses sbires. Un exercice dans lequel Gabriela Adamesteanu
excelle, nous racontant un monde dont la paranoïa destructrice laisse sans
voix. Ici, tout n’est que complot, chacun surveille l’autre, sous les yeux de
chefaillons toujours prompts à rapporter aux « organes » les délits réels ou
imaginaires de son voisin de bureau.

FATHI CHARGUI

Situation
provisoire-Roman de Gabriela Adamesteanu-508 pages-Gallimard

 

 

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