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( 25 novembre, 2012 )

L’Averse Roman de Fabienne Jacob

 

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L’Averse Roman de Fabienne Jacob

                              le temps d’un soupir  

L’averse ne raconte pas seulement la mort d’un harki, mais aussi d’un questionnement : Est-ce que Tahar, cet algérien Harki avait-il fait le mauvais choix ? Si la guerre n’a pas forcément encore ce nom, elle est bel et bien là, et Tahar va devoir choisir son camp et, quelle que soit sa décision, elle sera forcément une trahison. Il sera une « balance ».  

 Il suffit de camper le décor : Tahar a quitté l’Algérie à 15 ans . Il se meurt dans un hôpital parisien. Son esprit embrumé suit un cours particulier, fait de souvenirs.Fils de harkis assassinés par le FLN, Tahar a été « adopté » par des soldats français.Débarqué en France, méprisé, il a tenté d’occulter le passé. Fabienne Jacob évoque l’ombre de la mort. Parfois aussi, une formule prenant valeur d’aphorisme s’élève au-dessus du récit comme siFabienne Jacob  cherchait– mais sans forcer– à donner de la voix : « Au moment où il s’apprête à rendre l’âme, quelques personnes attendent. Cette insoutenable attente durera deux heures, dix ou peut-être un peu plus. « Que des Français au chevet de Tahar. » Il y a sa femme, son beau-père si croyant et son fils qui n’a jamais parlé. L’ami lorrain de toujours, Becker, a aussi tenu à être présent. »

L’essentiel, c’est cette mort acceptée au-delà des résonances de l’amour. Tout l’art deFabienne Jacob est de construire son récit en nuances harmonieuses, en séquences à la fois brèves, fragiles, fugaces, laissant en nous de profondes résonances mais sans jamais hausser le ton.

Il y a de l’art musical dans cette manière. Voilà sans doute la définition la plus exacte de la « sonate » pour embrasser d’un trait ce roman grave et beau dont les exécutants s’appellent Tahar, «  Gérard Vialet avec qui il boit de la citronnade, de sa camarade Souad et ses dents du bonheur, ou de l’institutrice Madame Bayeux qui commentait la carte de France accrochée au mur ». dont les mouvements successifs nous amènent, comme douloureusement, mais avec une justesse de ton sans défaut, à accepter la mort.

Lorsque le flot des souvenirs dont Tahar est la proue s’évanouit dans une brume cotonneuse, lorsque la mort elle-même vient en renfort, le lecteur sait que la vie renaîtra à l’issue du récit.

Et c’est ainsi que tout se passe dans une ondé de bonheur retrouvée. Et c’est pourquoi aussi l’averse, qui pourrait aussi s’intituler le temps d’un soupir, est le livre du bonheur retrouvé, le livre de l’amour après la mort. En somme, un beau livre qui nous fait du bien.

 

FATHI CHARGUI

L’averse Roman de Fabienne Jacob—136 pages—Gallimard–2012

 

 

 

( 5 novembre, 2012 )

Dans les forêts de Sibérie Roman de Sylvain Tesson

 

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Dans les forêts de Sibérie Roman de Sylvain Tesson

 

L’homme qui nous donne les clés du monde

 

Globe-trotter, tracteur de mythes, romancier épique, Sylvain Tessest un formidable touche-à-tout qui ouvre la malle aux trésors. La thèse de Sylvain tesson ? A peu près cela : si l’on regarde la cargaison de croyances de notre planète, depuis les igloos esquiimaus jusqu’aux huttes africaines, si l’on analyse l’incroyable bric-à-brac des rites et des mythes à travers le monde, on s’aperçoit que tout cela se ressemble étrangement. Que tout cela plonge dans la même expérience du sacré, et qu’un totem de bambou, au fond, c’est la même chose qu’un chapelet de Chartreux. Bref, l’arbre des religions n’a qu’une racine : mille panoplies et une poignée d’archétypes noués  à la même transcendance.

Comme si on tournait en rond. Comme si l’histoire n’existait pas, tout mythe implique l’éternel retour. Cela, bien sûr, on l’a beaucoup reproché à Sylvain Tesson. On l’a accusé de généraliser à outrance,  d’être un nostalgique d’un éden trop joliment archaïque. On voit bien, en effet ce qu’un lecteur de Lévi-Strauss peut lui rétorquer d’avoir esquivé ce qui fait la spécifité de toute ethnie, à savoir son droit à la différence. Cela dit, il reste au moins une chose : Sylvain Tesson nous aura appris à réinjecter une formidable dose de surnaturel dans nos univers laqués. Il est notre chaman .

 

Voilà pour l’essayiste. Mais quand on s’appelle Sylvain Tesson, toutes ces observations et ces expériences en Sibérie et ailleurs, c’est peu de chose ! Il reste encore bien du temps pour peloter la fée du logis… Au vrai, notre homme n’a jamais cessé d’écrire des romans, entre deux topos.

Alors restons-y, avec ce bref récit qu’est « Dans les fourrés de Sibérie ». Tout à fait étrange ! Sylvain Tesson a écrit ce texte en moins d’une année, il y a tout juste quelques mois. Il ne lui en fallait pas plus pour battre le fer de ce scherzo où il a glissé son plus vieux rêve : arrêter les horloges, arrêter l’histoire, cette méduse qui nous bouffe, et l’embrocher toute crue sur les hallebardes de l’éternité.

Au passage, il nous gratifie de son ironie, de cette sagesse de patriarche, qui affleure au long de ce journal qu’il a tenu ces dernièrs mois. Entre deux voyages et deux amitiés, toujours la même hantise : recommencer  l’humain dans les sédiments silencieux du cosmos. Dans sa vie, cette quête est une véritable passion, une manière d’eldorado. Il arrive que cela se communique.

 FATHI CHARGUI

Dans les forêts de Sibérie—Roman de Sylvain Tesson—267 pages—Gallimard–2011

 

 

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