( 8 octobre, 2012 )

Fermeture éclair Roman de Carl Aderhold

Fermeture éclair Roman de Carl Aderhold

 Fermeture d’usine et délocalisation

 Qu’on ne vienne pas nous raconter que créer, c’est seulement souffrir sur le moment, dans l’instant, que c’est accoucher, et puis se relever et vivre avec fougue ce qui s’en-suit. La libération, et l’épanouissement. Créer c’est encore souffrir après coup. Pour l’artiste, le rideau ne tombe que sur le dernier souffle, et le mot fin n’acquiert sa valeur réelle que dans la cessation de la vie, dans la mort.

On écrit un roman, on réalise un film, on peint une toile, on compose un concerto, on peine, on se tourmente, on se torture, on  saigne même, mais ce n’est rien, strictement rien, comparé à ce qui nous attend. Certes nous savons que l’indéférence du plus grand nombre nous guette, mais en secret, n’espérons nous pas être reconnus par les nôtres, nos pairs, nos juges ? Or, plus nous rompons avec la règle, et plus nous nous exposons à subir la terrible loi du rejet, du refus. Au fond, nous souhaitons être adoptés, et on ne nous reconnaît même pas. Nous n’existons pas. Nous sommes nuls et non avenus. Nous sommes tous, et j’insiste sur le tous, des Carl Aderhold.

Fermeture éclair est un livre fracassant, perturbant, émouvant, vient à propos nous rappeler tous cela. Avec Fermeture éclair, qui est comme un écho charnel, et douloureux, à la société ouvrière. L’auteur, nous impose en effet sa présence de façon magistrale, à la limite parfois du soutenable, quand il insiste en y revenant, sur le malheur de l’ouvrier face à la crise économique et sociale actuelle. Chronique d’un fait-divers industriel…ces délocalisations scandaleuses, leurs suites déstructurantes sur le monde ouvrier, leurs conséquences sur la vie familiale des employés, l’avenir des régions, de la société !

Ici, un homme, qui tente de rester libre, admoneste ses contemporains, ses compatriotes, à la façon d’Achille exhortant les chefs grecs au combat : lorsque les vivants — mais ne le sont-ils encore, ces obèses, confits en amnésie ? – font le lit de la mort de la société ouvrière, il n’est pas inutile de rappeler que la crise de 1929 peut se dire au présent.

Mais à quoi servirait d’ajouter à ce lamento de la glose, des commentaires ? Il se suffit à lui-même. Il a l’évidence des premières mesures du quatrième concerto pour piano et orchestre de Beethoven. On écoute, on se serre les poings, et on s’élève dans les airs. Écoutez d’ailleurs et méditez. Ecoutez d’ailleurs et militez.

 FATHI CHARGUI

Fermeture éclair-Roman de Carl Aderhold—JCLattès—331 pages—août 2012

 

Fermeture éclair Roman de Carl Aderhold 9782709636261-g

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