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( 8 avril, 2012 )

L’empreinte à Crusoé Roman de Patrick Chamoiseau

 

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L’empreinte à Crusoé  Roman de Patrick Chamoiseau

Réflexion sur l’espace, la civilisation, et l’altérité.

Étonnante forêt vierge de mots et de tournures inattendus, jungle d’images éclatantes, L’empreinte à Crusoé, une fois passée la première ivresse, laisse voir un sentier obscur et profond. Celui de l’histoire martiniquaise. Se réappropriant des personnages de la littérature, en inventant de nouveaux, Patrick Chamoiseau reconstitue l’histoire de Robinson Crusoé. Il y a là, en germe, une réflexion sur l’espace, la civilisation, la sauvagerie, la culture et l’altérité.

Beau et vibrant plaidoyer que celui de Patrick Chamoiseau, parce qu’on se rend compte qu’à travers l’étude de Robinson Crusoé, il s’adresse à tous les peuples pour lesquels la quête de la liberté se confond avec celle de l’identité.Alors cette fois-ci la voix du du penseur Chamoiseau portera-t-elle plus haut et plus loin en Martinique, que celle du romancier ? C’est la question qu’on est en droit de se poser, sans pouvoir encore y répondre.

Le Robinson Crusoé de Patrick Chamoiseau, se reconstitue une histoire à partir d’empreintes d’autrui sur cette plage déserte. Et si Crusoé n’était pas tout à fait seul sur cette île ? «La vie d’un homme n’a de sens que s’il vit sous l’exigence la plus élevée possible; n’être ni un animal, ni un de ces sauvages qui infestent le monde; cela, je l’avais réussi; j’étais devenu un fondateur de civilisation.»

Mais pour nous lecteurs, férus d’aventures humaines, Crusoé se confond avec l’ancêtre africain . L’empreinte à Crusoé, la fiction poétique et l’essai  militant, tous deux se répondant comme l’écho, oui, cet ouvrage est la preuve que la littérature engagée, tout en  enrichissant l’histoire culturelle, participe pleinement du combat politique. Cette complémentarité réussie, nous a fait oublier depuis belle lurette qu’elle pouvait exister. Chamoiseau ne cache d’ailleurs pas, dans son essai, son étonnement constant devant cette mythologie Crusoé qui prend tous les jours des dimensions anthropologiques. Et c’est peut-être la leçon principale qu’il faut retenir des pages de cet écrivain dont l’oeuvre, plus tournée vers le monde que vers lui même, est une main tendue. Fière et claire.

FATHI CHARGUI

L’empreinte à Crusoé Roman de Patrick Chamoiseau—233 pages— janvier 2012—éditions Gallimard

 

 

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