( 11 mars, 2012 )

Tunis connection

 

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Tunis  connection  une  enquête

de Lénaïg Bredoux  et  Mathieu Magnaudeix

Si l’n avait le courage de compter, ligne par ligne et lettre par lettre ,       tout ce qui s’imprime actuellement en volume, d’une part, et dans la presse quotidienne et périodique dans l’autre, nul doute que c’est cette dernière qui l’emporterait en quantité. L’historien ajouterait : en valeur aussi. Cette masse de textes est cependant si énorme qu’elle en devient quasiment inutilisable. Pour lire et classer tout ce qui paraît dans l’espace d’une année, il faut beaucoup plus d’une année. Et pour le comprendre, donc !

Au XVIIIe siècle, les journaux étaient bien moins nombreux, moins fournis aussi, et d’une périodicité moindre. Aujourd’hui, le printemps arabe fait couler beaucoup d’encre et délier d’avantage les langues. Les cris du cœur et les larmes de joie incitent bien de journalistes et écrivains à parler de maintenant et d’hier. Expliquer le comment et le pourquoi ce printemps arabe. La révolution Tunisienne est à écrire d’une encre indélébile sur les pages de l’Histoire universelle.

Le livre Tunis Cnnection est là pour lever le voile sur le mécanisme de mise en scène médiatique qui se cachait derrière cette Tunisie apparemment sans nuage où tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. C’est tout un réseau de médias bien restructuré, installé au moyen d’institution d’information et de moyens financiers afin de bien sceller une dictature pure et dure dans le temps et dans l’espace, que l’occident, jusqu’à la veille du 14 janvier 2011, avait très généralement négligé, peut-être à cause des intérets en présence. Mais l’histoire des peuples, l’histoire des révolutions, l’histoire sociale sont peut-être mieux révélées par l’éphémère que par des ouvrages longuement pensés. L’histoire immédiate y trouve aussi son compte, car ces publications témoignent souvent d’une intense acuité urgente, de rapports insoupçonnés, d’échanges à longue diastance, de collaborations anonymes, non moins démunis d’intérets.

Tunisie Connection, ce nid d’aigles où la statue de la dictature est loin d’avoir remplacé l’étonnante saga d’un peuple de générosité et d’hospitalité légendaire , voilà de quoi est fait ce récit. C’est la Tunisie de la corruption, que décrit Bredoux et Magnaudeix, un ouvrage de référence qui passe en revue toutes les petites manœuvres médiatiques qui avaient pour but de tenir un peuple sous la coupe du dictateur. Pathétique dans sa simplicité et dans sa lutte pour survivre aux assauts d’une histoire impitoyable. Un regard objectif, sans phare et impartial porté sur le rôle des médias occidentaux pour maintenir les dictatures. «Un système où diplomates, entreprises, mais aussi médias ont caressé dans le sens du poil le régime de Ben Ali, au nom, notamment, de la lutte contre le terrorisme. » écrivent Bredoux et Magnaudeix.

FATHI CHARGUI

Tunis Connection enquête de Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix—250 pages—Seuil—janvier 2012 

 

 

 

( 5 mars, 2012 )

La liste de mes envies Roman de Grégoire Delacourt

 

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La liste de mes envies Roman de Grégoire Delacourt

      Relier le présent et l’imparfait

Tout l’art, parfois si musical de Grégoire Delacour est de nous entraîner, sans qu’on ait jamais l’impression artificielle de voguer  dans un conte de fées, dans un microcosme où la magie, le rêve, la beauté, le silence, mais aussi la peur relient entre ces deux temps d’ordinaire inconciliables : le présent et l’imparfait. Où s’arrête la vie, où commence le théâtre des ombres ?Ce roman parle de notre relation aux autres et à l’argent. Il questionne les amours, les envies et les besoins, les rêves et la réalité, le gain et la perte, le don ou le vol, l’argent et le bonheur. Au fait : l’argent fait le bonheur ? •  Où se situe la frontière qui sépare nos propres envies de nos vrais besoins ? Et peut-on vivre en fermant ses volets à la face du monde qui nous entoure ? Ce sont les questions qui émaillent ce roman dont cette couturière devenue soudainement riche suite au tirage d’un ticket de l’euromillion gagnant, est l’actrice principale mais dont les lecteurs sont davantage les seconds rôles que les simples spectateurs. Car on doit à Grégoire Delacour de ne pas nous épargner : le rythme haletant, réaliste, grinçant, tendre et émouvant de notre relation aux autres. Les jours se répétent dans la lenteur oppressante de l’inaction, et derrière chaque porte, chaque objet, chaque regard, on dirait que le passé vient gratter –tel un chien quémandeur. Dans ce village, on ne sait jamais si l’on est vraiment libre ou réellement prisonnier. Faut –il changer de train de vie quand on gagne soudain une fortune ? Comment se comporter avec les autres ?

Il reste que dans la vaste architecture littéraire, où brillent déjà le domaine de Jocelyne Guerbette tant de demeures oniriques, La liste de mes envies de Grégoire Delacourt trouve aujourd’hui naturellement sa place. Ce sont des châteaux qu’on habite la nuit, entre deux songes, où l’on déambule à la recherche des visages  qui nous hantent ou nous rassurent. On connaissait les dons littéraires de ce romancier : mais voyez-vous, c’est un prestidigitateur qu’ il faut aussi saluer .

FATHI CHARGUI

La liste de mes envies—Roman de Grégoire Delacourt—186 pages—JCLattès—Février 2012

 

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