( 6 février, 2012 )

Décharges roman de Virginie Lou-Nony

 

 

 

 

Décharges  roman de Virginie Lou-Nony 9782330002480-159x300

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Décharges  roman de Virginie Lou-Nony

 

La machine à broyer les humains

 

L’image vaut ce qu’elle vaut. Du moins s’impose-t-elle avec force à l’esprit. Une fillette sur une balançoire devant une maison. Comment, d’ailleurs, l’image ne nous solliciterait- elle pas impérieusement, face à ce constat de l’auteure, qui bâtit obstinément son œuvre à l’écart tapageur du monde littéraire et vient, au surplus, de mettre en scène dans de ce roman, de véritables hommes issus de la misère. Cette œuvre populaire au plein sens du terme,qui n’est nullement péjoratif.

Le phénomène, on le concédera, a de quoi estomaquer et mérite à lui seul d’être signalé. Même si, en l’occurrence, on peut supposer que cette auteure ressent parfois quelque agacement d’être essentiellement célébrée sous cet aspect réducteur d’un stakhanoviste de la machine sociale broyeuse. L’auteure a touché à tout. Il y a en effet ici un ton unique. À la fois un univers extrêmement prégnant et une efficacité d’écriture qui le rend crédible dans son outrance, sans cynisme, sans noirceur éprouvante.

 

Au fond la fascination douloureuse qu’elle éprouve pour la société d’aujourd’hui n’est que l’expression d’une authentique révolte contre l’inhumanité tapie en l’homme d’aujourd’hui. Au fond Virginie Lou–Nony est une moraliste. Et, s’il n’est pas indifférent qu’un solide métier acquis en quelques années de labeur acharné lui permette de ficeler de solides intrigues, de camper des personnages saisissants de vérité, c’est par-là, sans doute qu’elle nous touche le plus.

C’est donc bien vrai : il n’y a pas de paradis pour celui qui, un jour, fit de nous autres les humains ces portraits au vitriol. C’est sans doute de la provocation, mais aussi peut-être, une façon de rappeler que Virginie Lou-Nony est celle qui va au charbon pour devenir voyante au royaume des myopes. Et si on trouve beaucoup de détresse chez elle, il y a aussi cela : la révolte d’un Sisyphe moderne fracassant à son rocher, gourdin au poing, comme une bête furieuse.

C’est pourquoi, parfois, l’écriture de Virginie Lou-Nony est si déconcertante : un véritable « grommellement », dit-elle, une syntaxe de chien battu, pleine de canards. ÉcouterVirginie Lou-Nony : un vacarme d’osselets jetés à la face du mal de vivre,.

Beaucoup de cailloux noirs, archi-noirs, et quelques galets blancs, qu’on ose à peine appeler des perles d’espoir, et nous voilà embarqués aux trousses d’une écrivaine semant son spleen dans la boue des sentiers, comme un poucet qui aurait découvert qu’il n’y a rien derrière l’horizon, mais qu’il faut quand même continuer… On retrouve dans ce livre ces deux versants, l’un noir et l’autre blanc, et cela signifie deux choses parfaitement contradictoires. Tu es mort et tu es vivant. Toute la manière de Virginie Lou-Nony est là : transformer la prison en éden provisoire. Aller gagner la petite lumière au fond de la mine. Son lecteur sait bien que le berceau restera fêlé : La terre natale que célèbre ici  Virginie Lou-Nony est celle qui fait chanter les vendangeuses, mais c’est la même  qui fait  pourrir les charognes. Inutile de dire que toute la beauté de cette écriture est là, bouleversante et si juste, dans cette manière de tenir d’une seule main les deux bouts de la corde de la balançoire, en attendant l’ultime branle-bas.

 

 

FATHI CHARGUI

Décharges   roman  de Virginie Lou-Nony—203 pages—Actes sud–

 

Pas de commentaires à “ Décharges roman de Virginie Lou-Nony ” »

Fil RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

|