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( 5 février, 2012 )

La meilleure façon de s’aimer d’Akli Tadjer

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La meilleure façon de s’aimer  d’Akli Tadjer

           

L’art de manier la plume et le bistouri

 

Akli Tadjer fait partie de cette race d’écrivains cultivés et avisés pour qui la passion littéraire n’est pas une seconde nature, mais une propension immédiate, évidente, forcenée : ce n’est pas la première fois, en effet, que la plume et le bistouri (pensez seulement à Céline ou à Reverzy) tracent secrètement un même dessein vers le coeur des êtres, le réseau sanguin des mystères humains, avec un art qui le dispute à la science, et une attention clinique qui rivalise d’acuité avec l’intention poétique. Au point qu’on ne sait plus, après l’avoir lu, si  Akli Tadjer est un praticien de l’âme ou un chirurgien du corps. Une seule certitude : c’est un écrivain.

Akli Tadjer est littérairement ouvert à tous les horizons : une part intime de lui s’enfonce au plus lointain de l’histoire algérienne, une autre pénètre rêveusement en compagnie de sa culture méditerranéenne, mais son coeur sait battre aussi au rythme palpitant des deux rives. Peintre savant de l’enfance, décrypteur des mystères qui nous gouvernent sans que nous en soyons les organisateurs, et avocat convaincant de cette magie dont le réel est nourri– pour peu qu’on accepte d’y prêter attention.

Mais cessons d’accabler l’auteur de ce roman–qui portait déjà en lui les prémices prometteuses d’une œuvre—rappelez-vous : « Le porteur de cartable » affiche la marque très personnelle de Akli Tadjer. Point à la ligne.

Un dernier mot, cependant : pour entrer dans le monde de ce romancier, il faut avoir pris soin auparavant de se débarrasser de tous ces archétypes qui conduisent d’ordinaire la lecture d’un roman réaliste, c’est-à-dire la nécessité du plausible, la logique d’une intrigue, le refus de toute entorse au récit linéaire. Impossible d’aborder « La meilleure façon de s’aimer » avec une règle à calculer ou une carte d’état-major. Du lecteur, Akli Tadjer n’exige qu’une attitude, la plus simple de toute : la disponibilité. Qu’on la lui accorde et ensuite il suffit de se laisser guider. Le voyage, croyez m’en, vaut bien cette modeste précaution d’usage.

Où et quand sommes-nous ? Dans un village ignoré de notre géographie et à une époque que l’Histoire n’a pas consignée : le seul repère qui vaille la peine d’être signalé et cette guerre, toujours nommé, jamais décrite, qui rôde autour du village comme une meute grondante de loups, à la fois si proche et si lointaine. Imaginaire ou réel, ce conflit a installé chez les habitants une peur quotidienne, renforcée par les bourrasques du temps et la solitude gelée qui encercle les maisons. Symbole vivant d’une mentalité où la pleutrerie se confond sans cesse avec une cécité volontaire.

FATHI CHARGUI

La meilleure façon de s’aimer d’Akli Tadjer—283 pages—JCLattès—janvier 2012

 

 

 

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