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( 23 décembre, 2011 )

Histoire du pied et autres fantaisies–Nouvelles–J.M.G.Le Clézio

 

 

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Histoire du pied et autres fantaisies–Nouvelles–J.M.G.Le Clézio

             Le philosophe  observateur

 On ne fait pas de bonne philosophie avec de bons sentiments. La bibliothèque rose n’a jamais fait bon ménage avec celle des idées. Les philosophes ont pour terrible métier d’interroger et d’affronter la brutalité du monde et non de nous faire rêver. Prendre en compte l’horreur et examiner d’un œil froid le malheur des hommes n’a jamais été une activité particulièrement gratifiante. Pourtant, aucun vrai philosophe ne peut prétendre biaiser avec la dure réalité. Mais comment parvenir à penser devant le spectacle toujours présent de la violence planétaire ? Comment philosopher sans être englouti par la banalité du mal ? Pour parer à un trop envahissant dégoût qui interdirait toute pensée et maîtriser ses nausées, J.M.G.Le Clézio  propose, à notre grande surprise, de réintroduire sur la scène philosophique ce pouilleux de Diogène et lui fait même tenir un premier rôle. A l’instar de Diogène, J.M.G.Le Clézio part avec sa lanterne à la recherche de l’homme.  

Diogène, c’est le cynique par excellence et le cynisme est philosophie de chien. Cynisme, étymologiquement, signifie « ce qui concerne le chien ». Le penseur cynique à la Diogène, c’est celui qui apostrophe la cité à partir d’un poste d’observation cocasse : son tonneau ou sa  niche. Par son franc-parler et son insolence de roquet, le cynique se débarrasse de l’idée rassurante du bien et du mal et ose dire haute à voix ce qui se passe. La question type du cynique pourrait être « comment ça marche, le monde ? », et sa mission y répondre sans tricher. Régis Debray rappelait que le rationalisme amoral qu’il expérimente dans sa « critique de la raison politique » est de « type cynique » et que la tonalité « cynique » est inhérente à toute recherche intellectuelle. Le philosophe est condamné à faire son miel avec les idéologies les plus déplaisantes et doit, s’il veut être un penseur digne de ce nom, se résigner à rencontrer le pire.

Penser par-delà le bien et le mal- attitude cynique par excellence — c’est ce que fait également Le Clézio en décrivant de son côté la nature cynique de l’homme en Occident et ailleurs. Le philosophe doit savoir fréquenter les régions troubles de la pensée et ne pas en avoir peur. De son tonneau, Diogène l’encourage en disant : « Le soleil pénètre bien les latrines sans en être souillé) ».

Le cynisme version 2011 et dépouillé de tous les sous-entendus péjoratifs dont en l’affuble généralement. Il devient une autre définition du courage intellectuel. Le Clézio dans sa belle et profonde méditation philosophique qu’est « Histoire du pied et autres fantaisies », donne l’exemple d’une pensée qui refuse d’esquiver la cruauté du monde et qui  ne se raconte pas d’histoire pour se rassurer. La philosophie n’a pas à faire peur ou plaisir. Elle a à ce coltiner cyniquement avec l’indépassable cynisme du monde.

FATHI CHARGUI

Histoire du pied et autres fantaisies—Nouvelles—J.M.G.Le Clézio—346 pages–2011- Les éditions Gallimard

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