( 12 novembre, 2011 )

Sous la dictée des choses d’Alain Fleischer

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Sous la dictée des choses d’Alain Fleischer 

                     

                 Hymne aux objets de collection 

 

Un objet, c’est l’objet lui-même et c’est aussi une manière de marquer l’espace qui l’entoure. L’objet compte pour une grande part dans la mythologie personnelle d’ Alain Fleischer, auteur de « sous la dictée des choses », mais il constitue aussi la mythologie dominante de notre culture — encombrée d’objets et de symboles– peut-être parce qu’elle ressent plus qu’autrefois le besoin de marquer son espace. 

Il y a beaucoup d’objets sur ma table de travail. Le plus ancien est sans doute mon stylo ; le plus récent est mon petit cendrier rond que j’ai acheté la semaine dernière ; il est en céramique blanche et son décor représente le monument aux martyrs de Palestine. 

Je passe plusieurs heures par jour assis à ma table de travail. Parfois je souhaiterais qu’elle soit la plus vide possible. Mais le plus souvent, je préfère qu’elle soit encombrée, presque jusqu’à l’excès ; la table elle-même est faite d’une plaque de verre longue d’un mètre quarante, large de soixante-dix centimètres , posée sur des tréteaux de métal . Sa stabilité est loin d’être parfaite et il n’est pas mauvais enfin de compte, qu’elle soit chargée ou même surchargée ; le poids des objets qu’elle supporte contribue à la maintenir d’aplomb. 

Je range encore assez souvent ma table de travail. Cela consiste à poser ailleurs tous les objets et à les remettre en place un à un. J’essuie la table de verre avec un chiffon ( parfois imbibé d’un produit spécial ) et je fais de même avec chaque objet. Le problème est alors de décider si tel objet doit ou non être sur la table ( ensuite il faudra lui trouver sa place, mais cela n’est généralement pas difficile). 

Cet aménagement de mon territoire se fait rarement au hasard. Il correspond le plus souvent au début ou à la fin d’un travail précis, il intervient  au cœur de ces journées flottantes où je me raccroche à ces seules activités de repli : ranger, classer, mettre de l’ordre. C’est dans ces instants là que je rêve d’un plan de travail vierge. Intact : chaque chose à sa place, rien de superflu, rien qui dépasse, tous les crayons bien taillés (mais pourquoi avoir plusieurs rayons? en un seul regard j’envois six ! tous les papiers empilés ou, mieux encore, pas de papiers du tout, seulement un cahier ouvert sur une page blanche(mythe des tables impeccablement lisses des présidents directeurs généraux : J’en ai vu une qui était une petite forteresse d’acier, bourrée d’appareils électroniques ou prétendus tels que apparaissaient et disparaissaient quand on manipulait les touches d’un super tableau de bord…) 

L’objet, toujours l’objet ; cette griffe qui nous tient comme une signature au bas de notre fiche anthropométrique_s. 

FATHI CHARGUI 

Sous la dictée des choses d’Alain Fleischer—473 pages—Seuil—septembre 2011 

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