• Accueil
  • > Archives pour le Lundi 7 novembre 2011
( 7 novembre, 2011 )

Un été sur le magnifique

unetesurlemagnifiquereference.jpg 

Un été sur le magnifique 

                     La quête de sens 

Il y a des livres où la pensée se trouve comme emmurée. Saisie vive  dans le béton armé d’une rigueur paranoïaque. Comme si le livre devait être absolument une prison d’où le réel et les idées ne pourraient plus s’échapper. L’université a longtemps respiré cet air raréfié de la pensée normalisée et réglementée où il ne fallait jamais être « hors sujet ». Heureusement, aujourd’hui, les codes intellectuels sont joyeusement  transgressés et les chercheurs prennent le goût de la pensée à ciel ouvert. Patrice Pluyette est de ceux-là. Cet écrivain ne tient pas en place. Ni dans sa vie, ni dans ses livres. Il n’est pourtant pas du genre agité. Sa bougeotte relève plus de la fièvre intellectuelle que de l’esprit de fuite. Écrivain errant, il est allé questionner quelques-unes des plus énigmatiques cités de la planète Romaine : La villa Médicis Autant de fugues. Autant d’extases, d’exode hors de soi. 

Patrice Pluyette dans sa course s’est aperçu que ses voyages au long cours ne résolvent rien, car la vérité n’est pas sédentaire. Elle se déplace et n’est jamais là où on la traque. Ses voyages n’étaient au fond qu’un incontournable paradoxe. Comme cette histoire racontée dans « un été sur le magnifique ». Il ne savait pas qu’il était Hercule,celui qui donnait toute sa fièvre à la vérité pourchassée. Car le voyageur de la villa Médicis est un chasseur . De sens, de mythes et de signes. Ou de folie. 

Le voyage à Rome est-il une école de pensée ? C’est la question qu’aujourd’hui Patrice Pluyette reprend dans son très beau livre-dérive, « un été sur le magnifique », qui est une sociologie vagabonde du voyage. Il n’y répond pas bien sûr directement. Son « essai » est lui-même un voyage à l’intérieur de cette question ouverte comme les routes du monde. Voyager, c’est s’engouffrer dans les labyrinthes du sens où rien n’est fixé à l’avance. C’est aussi l’expérience des mirages. Ainsi le puissant Hercule qui toute sa vie rêva d’atteindre les « sens » au prix d’efforts surhumains, un jour, il y parvient. Mais  Angélique et  Patricia n’étaient qu’un leurre. Il se brûla les ailes. L’éblouissement n’avait pas eu lieu. Le secret des sens était ailleurs. Toujours plus loin 

la beauté des voyages n’est pas dans ce qu’on appelle les points de chute, mais dans le mouvement même de la pérégrination. C’est ainsi que Patrice Pluyette voyage dans son « essai » avec la grâce des vrais héros. Il sait qu’il n’a aucune vérité à atteindre, à mettre noir sur blanc. Il n’a qu’à se laisser porter par le nomadisme de la pensée, la fièvre de l’errance. 

Ce livre est, comme toutes les méditations, un défi. Il est surtout une brûlante invitation à la penser voyageuse. Mais sachez-le, l’incertitude sera toujours au bout de la route. 

FATHI  CHARGUI 

Un été sur le magnifique—Roman de Patrice Pluyette—230 pages- -Seuil—Août  2011   

|