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( 17 mai, 2011 )

Photos de familles–Un roman de l’album–Anne–Marie Garat

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Photos  de  familles  de  Anne-Marie Garat 

Photos-souvenirs 

Les éditeurs qui ne sont pas spécialisés dans l’image photographique ont compris que la photographie s’inscrivait dans une  histoire, et qu’un portrait fût-il le plus beau n’existait qu’en regard des portraits de Félix Nadar, d’August  Sanders et d’Edouard Steichen. Ils ont compris, tout aussi bien, que la noblesse (ou la force de persuasion) inhérente à chaque cliché de qualité n’était jamais le fruit du hasard. Anne-Marie Garat parle de la qualité du modèle, ce qui n’a jamais voulu signifier que la qualité d’attention qu’elle lui portait, ou l’attirance- quelquefois morbide– qu’elle ressentait vis-à-vis de lui. Les portraits qu’ Anne-Marie Garat  présente  dans ce livre paru chez actes Sud, qui retrace l’histoire du portrait en photographie, est un modèle de démarche photographique. Toute la tension de l’image repose sur un empilement ( bébé, personnages, photos de familles, maisons…).Tout cela n’est sûrement pas indifférent à l’histoire de cette photographie. Anne-Marie Garat raconte son passé, ses souvenirs. La somme des photos, l’émotion visible à chaque mot, et le poids sous-jacent des regards immanquablement jetés, n’est sûrement pour rien dans l’authenticité de cette image. La grande noblesse de ce livre, est de s’intéresser, au travers des portraits successifs, à la qualité des hommes. C’est un ouvrage magnifique accompagné d’un texte qui s’investit dans la défense d’une photographie à valeur sociale et humaniste. Anne-Marie Garat pour ne citer qu’elle pourrait aisément trouver sa place dans la grande Histoire des sociétés. À mots cachés, Anne-Marie Garat insinue, non sans raison, que si toutes les sociétés croient au pouvoir de l’image, la société française croit avant tout au pouvoir de ses photographes, pouvoir de débusquer la réalité profonde des sociétés. 

À l’inverse de la photographie, comme histoire d’un art absolu, qui a tendance à oublier les personnalités pour ne considérer cette histoire que dans ses grandes lignes esthétiques, qui produit en photographie un courant continu, livresque et d’intensité constante, Anne-Marie Garat insuffle un courant alternatif, qui impose des retours en arrière, et se suffit de la rencontre des hommes et des femmes en France dans des régions reculées, pour lier leurs images. Elle raconte des histoires de familles, et la place infinie que peuvent prendre parents et enfants en photographie. Les choix qu’imposent les ouvrages généraux sur la photographie sont difficiles à résoudre. Anne Marie Garat, qui vient de rééditer son livre « Photos de familles —Un roman de l’album » réunissant en deux cents seize pages une élection de photographie depuis le début du siècle dernier, oblige à tous les manques, mais aussi à tous les excès. Cela oblige aussi à privilégier l’amitié et à faire œuvre subjective. On ne reproche jamais les quelques noms de trop— cette histoire-là, répétons-le, tient au feeling — mais plutôt les quelques noms qui manquent, parce qu’ils sont un maillon essentiel de la chaîne, et que cette chaîne fragile ne tient qu’à cette condition-là. C’est néanmoins une première de taille dans l’édition photographique française, un ouvrage de référence fort bien fait, et  plaisant de par la place accordée à l’image elle-même. 

FATHI CHARGUI Photos de familles—Un roman de l’album—Anne—Marie Garat—216 pages — mai 2011— Actes–Sud   

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