( 24 avril, 2011 )

L’été 76 de Benoît Duteurtre

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L’été 76 Roman de Benoît Duteurtre 

    Souvenirs d’adolescences  en  mai soixante huit 

On ne va pas refaire ici le coup du « où finit l’autobiographie, où commence le roman ? » A vouloir démêler l’éternel écheveau de la vérité et de la fiction, on tombe toujours sur le même poncif. Le lecteur fera le choix lui-même. Car après tout, qu’est-ce qui nous intéresse sinon le texte, qu’est-ce qui nous transforme sinon l’émotion, qu’est-ce qui nous accompagne sinon les personnages ? L’été 76 de Benoît Duteurtre traverse peut-être l’enfance de son auteur, mais la littérature, cette charmante ogresse, l’a déjà récupéré. Couché sur le papier, ce jeune héros a quitté le giron familial :  preuve qu’il commence sa vie pour de bon. 

La petite Hélène que décrit Benoît Duteurtre observe l’adolescence avec un regard où la naïveté le dispute à une intelligence sacrément précoce. 

Benoît Duteurtre, a réussi le plus dur : glisser à côté du mélodramatique dont cette période n’a pas fini de nous interroger, et restituer l’innocence, la curiosité et la gaieté d’une enfance qui se réveille sur un monde en ébullition, quand tant d’autres ouvrent leurs yeux sur une vie qui ressemble aux albums de Babar. L’auteur va même plus loin : dans l’humour d’une formule et la cocasserie d’un geste. Mauvais goût ? Non : vérité. La plume de Benoît Duteurtre va vite, ne s’embarrasse d’aucune scorie morale, d’aucune lourdeur littéraire. L’été 76 de Benoît Duteurtre : on dirait  le mégaphone d’une voix guillerette. Pas question de tricher. Mai 68 n’est pas très loin. Cela tient en deux lignes: c’est l’histoire de deux adolescents de seize et quatorze ans, et déjà des personnalités à vous couper le souffle. Hélène adore la solitude et la pensée anarchique, et repousse tant bien que mal le futur : mariage, société, et tout le tsouin-tsouin. Sa passion ? Elle est doubles : d’abord un petit copain, puis son amoureux ami Benoit, mieux que cela : L’été 76, c’est une partie d’eux-mêmes. 

Surprenant roman que cet été 76, dont la qualité littéraire tient à deux caractéristiques : l’acuité de la confession, et la brièveté cassante du style. La prose de Benoît Duteurtre a quelque chose d’insolent, d’inquiétant, de brûlant. Et l’on sent bien que derrière cette langue décidée et comme indomptable, parce que parfaitement maîtrisée, c’est l’envers de l’adolescence achnéenne que le romancier a voulu saisir à vif : l’absolu, le jamais plus, le « croix de bois, croix de fer », n’ont pas l’âge des adultes… Ce roman de Benoît Duteurtre, écrivain décidément remarquable, a le charme de cette amertume là, quelque part entre l’insatisfaction, le spleen, et la fatalité d’une destinée couleur de sépia… 

Qui gagne, qui perd, dans ce roman? Personne, sinon, le romancier lui-même… 

Et nous autres lecteurs. 

FATHI CHARGUI 

L’été 76 de Benoît Duteurtre — 187 pages — éditions Gallimard — mars 2011 

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