( 18 février, 2011 )

Passeport à l’iranienne

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Passeport à l’iranienne de Nahal Tajadod 

Comment renouveler un passeport en Iran ?

Née à Téhéran en 1960, Nahal Tajadod quitte l’Iran pour la France en 1977, et étudie à l’INALCO où elle obtient un doctorat de chinois. Sa thèse, Mani, le Bouddha de lumière, présente pour la première fois la traduction et le commentaire d’un texte manichéen écrit en chinois, véritable catéchisme et seul témoignage rédigé par les manichéens eux-mêmes. Elle travaille depuis sur l’apport iranien à la culture et à la civilisation chinoises. Le bouddhisme, le christianisme, le manichéisme, le zoroastrisme, le judaïsme et l’islam furent, en effet, diffusés en Chine par des missionnaires originaires d’Iran. Issue d’une famille d’érudits iraniens, Nahal Tajadod a été initiée au soufisme dès son enfance. Elle a participé à la traduction de poèmes de Rûmi et a écrit la biographie romancée de ce grand maître du soufisme. Née dans une famille d’érudits iraniens, Nahal Tajadod, de culture française, est aussi docteur en chinois. Pratiquant les trois systèmes d’écriture, elle consacre sa vie à l’étude des rapports historiques entre la Perse et la Chine. Elle est l’auteur de Mani, le Bouddha de Lumière, Catéchisme manichéen chinois (Cerf, 1990), Les Porteurs de lumière, Péripéties de l’église chrétienne de Perse IIIe-VIIe siècle (Plon, 1993), Le Dernier album des miracles, Chroniques d’une famille persane (Plon, 1995), À l’est du Christ, Vie et mort des chrétiens dans la Chine des Tang VIIe-IXe siècle (Plon, 2000).

 Comment le renouvellement d’un passeport permet d’avoir un point de vue totalement différent et finalement drôle de la vraie vie à Téhéran aujourd’hui. Voilà ce que nous offre le récit de Nahal Tajadod à partir d’une histoire authentique qui lui est arrivée en avril 2005. Dans la quête du précieux document, toute la folie, la générosité, l’humour d’un peuple pourtant sous une lourde emprise politique, apparaissent dans une galerie de portraits plus surréalistes les uns que les autres. À l’encontre des idées reçues, la description d’un Iran où la débrouillardise est le maître mot de la vie quotidienne. Nahal Tajadod – épouse de Jean-Claude Carrière – est l’auteur d’une biographie romancée du poète mystique persan Roumi.
Biblioteca,Paris.
Comment le renouvellement d’un passeport permet d’avoir un point de vue totalement différent et finalement drôle de la vraie vie à Téhéran aujourd’hui. Voilà ce que nous offre le récit de Nahal Tajadod à partir d’une histoire authentique qui lui est arrivée en avril 2005. Pour obtenir le précieux document, toute la folie, la générosité, l’humour d’un peuple pourtant sous une lourde emprise politique, apparaît dans une galerie de portraits. Deux photographes spécialistes de portraits islamiques lui présentent un médecin légiste qui troque des organes… Des femmes en noir attendent assises dans la rue l’ouverture des administrations… Une maquerelle qui veut envoyer des filles à Dubaï… Une grand-mère qui offre une poule vivante à un militaire implacable… Un chauffeur qui s’indigne que l’on refuse ’la bombe’ à l’Iran alors que les Indiens et les Pakistanais – qui pourtant ont la peau plus foncée – la possèdent… Un technicien qui cache une parabole TV dans une marmite d’offrandes religieuses… Un autocuiseur qui mérite une bénédiction… 

« Un des bouquins sur l’Iran qui m’a le plus impressionné parce qu’on est vraiment dans le quotidien ».  Ce récit est tiré d’une histoire vraie qui pose sur l’Iran d’aujourd’hui un regard allant à l’encontre des idées reçues. C’est le renouvellement d’un passeport qui amène l’héroïne à rencontrer des gens drôles et généreux, à se retrouver dans des situations cocasses voire surréalistes et à opter pour la débrouillardise dont doit faire preuve cette société.   Nahâl Tajadod doit rentrer en France, où elle vit depuis de nombreuses années, alors qu’elle est allée passer un mois en Iran, le pays où elle est née. Mais le renouvellement du passeport iranien n’est pas une mince affaire. 

Tout commence par la photo. Nous rencontrons deux photographes (c’est toute une histoire de faire une photo « acceptable » pour le gouvernement iranien !), qui vont nous orienter vers un médecin légiste qui a des relations, s’occuper des chaises et entamer une rivalité avec le technicien du cable, pour une histoire de café, entre autres péripéties. Tout au long de ce roman, l’auteure nous décrit avec beaucoup d’humour, de recul mais aussi une vraie tendresse, le quotidien des iraniens, à Téhéran de nos jours. C’est à s’arracher les cheveux et on se surprend à l’incrédulité, et pourtant, au final, ça fonctionne, là étant le plus incroyable. (Et aussi qu’elle parvienne à ne pas écouter la petite voix qui raisonne à l’occidentale chez elle) 

Il y a de très bons moments, par exemple :« Lorsque nous arrivons devant mon immeuble, le târof commence avec le chauffeur. - Combien je vous dois ? 

- Soyez, pour cette fois, notre invitée. J’ouvre mon portefeuille, j’en retire quelques billets. 

- Je vous remercie infiniment. Ca fait combien ? dis-je. Il prend un cahier, met ses lunettes et examine une série de tableaux pleins de chiffres. 

- Dix mille tomans, conclut-il »  Ou encore : 

« Je me demande comment les livreurs et les visiteurs s’arrangent pour venir, tous ensemble, au moment où précisément Mohtaram est absente. Il faut leur offrir du thé et je n’ai jamais su, en ce qui concerne cette boisson, satisfaire le goût de chacun de mes invités. Certains prennent le thé dans des tasses, d’autres dans des petits verres kamar bârik, « taille fine ». Certains refusent leur thé s’il n’est pas servi dans de grands verres « à la turque » et s’il n’a pas longuement infusé. Quant à la couleur, elle doit être foncée pour certains, claire pour d’autres. Si par malheur on sert du thé clair à un partisan du thé foncé, il le repoussera en le comparant à âb-e zipo, à de la soupe. De la même façon, lorsqu’on offre du thé noir à un adepte du thé clair, il ne le touche pas mais déclare en détournant son regard : - Retire-moi ce breuvage d’opiomane. 

La variation des refus est à l’infini. Quel embarras si par mégarde, on sert du thé tiède noir, dans un kamar bârik, à un fidèle de thé brûlant qui ne le boit que s’il est de couleur claire et servi dans des grands verres « à la turque ». Que faire, alors ? » Mais l’accumulation de ces petits morceaux de vie manque de liant, produisant au bout d’un certain temps une lassitude, qui fait qu’on a besoin de passer à autre chose, avant de revenir prendre un petit bout de Kafka à l’iranienne. Après tout, qui a dit qu’on devait obligatoirement lire les romans d’une traite ? A la façon de chroniques, le style pêche moins, et on apprend beaucoup… 

FATHI CHARGUI Passeport à l’iranienne—Roman de Nahal Tajadod—JCLattès—304 pages—mai 2007 

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