( 23 novembre, 2010 )

Mat échec

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Mat échec  Roman de Javier Pastor    

       La vie comme une partie d’échecs 

 Un itinéraire dur et méthodique à travers la psychose maniaco-dépressive, écrit au jour le jour. Tout au long de cette odyssée l’auteur explore les propres défaillances du cœur et de la raison, contraint à s’arrêter aux seuils « trous noirs » du souvenir d’une vie conjugale. Amputer de son futur et la tête pleine de « neige », cette femme de plus en plus étrangère à elle même tente en vain de se reconstruire. Avec cette brusquerie et cette sincérité de ceux qu’on nomme les « fous » d’aujourd’hui, de la vie moderne, le roman révèle que la « folie » n’est point de perdre la tête, mais de perdre son corps.  Il n’y a pas de psycho pathologies des ruptures et des divorces. Enfin, nous allons pouvoir déculpabiliser. Ce roman, ce tour d’horizon de la rupture, est suffisamment complet pour que chacun éclairé puisse s’y connaîtra. Rupture-amour, rupture-violence, divorce-raison, divorce-passion, pouvoir vivre de la séparation envers et contre tout et tous, la famille avant, la famille après, il y a tout ça dans cet ouvrage. Quand aux couples du divorce, ils sont étonnants, ils vivent leur blessure lucidement et courageusement. Ils veulent être des couples comme les autres. Ce roman a pour mérite de dédramatiser une situation qui, trop souvent, sert de prétexte à tous les échecs et à tous les problèmes que peuvent rencontrer les couples. Javier  Pastor nous invite à pénétrer dans le fabuleux et terrifiant cirque des tempêtes conjugales. Comment des crises orageuses dans le couple parviennent-  elles à mettre sens dessus dessous la sérénité d’un foyer et d’une famille, ce que vous apprendrez en plongeant dans ce roman effervescent de Javier Pastor,  un écrivain espagnol qui ne manque ni de talent ni d’imagination. Ce couple séparé chacun de son côté se réfugie dans le silence. Pour ne plus en sortir. Javier Pastor exprime une douleur indolente qui s’aiguise un peu plus à chaque moment de son roman. Derrière la douleur, la lenteur et la beauté de ses phrases percent les hurlements silencieux d’un amour perpétuellement perdu. Pris au piège de la vie, l’innocence d’un moment meurt toujours ainsi. Entre ciel et terre. Un plaisant ouvrage : les réflexions faites par chacune des deux parties du couple séparé révèlent un règlement de compte pur et dur, dans les règles de l’art. Mieux que de simples « morceaux choisis » de « Qui a peur de Virginia Wolf », d’Edward Albee,  une passion s’y développe, nourrie par la lucidité de l’analyse et la subjectivité du déchiffrage. Mais réunir en un seul homme ou femme, être, des sentiments épars et circonstanciels sert davantage le narcissisme de chacun que la curiosité du lecteur. Telle est la limite du genre. Le style Javier Pastor, c’est une façon supérieurement détachée, presque indifférente, de dire ce qu’il y a de plus profond : des rythmes rapides et légers, des mots de tous les jours, des images contemporaines, des métaphores caustiques décrivent une vie au quotidien ou tout semble masqué, intime, secret. Et puis, soudain, Pastor, sans museler les émotions de ses personnages, lâche admirablement les rênes d’une sensibilité attachée à la part ordinaire des choses. En une centaine de pages, Javier Pastor a réussi à se démultiplier. 

FATHI  CHARGUI 

  Mat Echec Roman de Javier Pastor —115 pages—Actes—sud—novembre 2010 

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