( 23 novembre, 2010 )

Le voyage à Timimoun

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Le voyage à Timimoun de Sylvie Brunel                

  Le démon de midi 

Entre le quotidien de la région parisienne et le gros ballot plein de passé, de souvenirs, de traditions, qu’elle a rapportés avec elle en Algérie, Sylvie Brunel, fraichement divorcée, crée une curieuse réalité où elle s’efforce cahin-caha de mener une vie propre. Les divorces tardifs sont les plus durs. C’est ce que souligne la géographe Sylvie Brunel dans son nouveau livre après son best-seller Manuel de guérilla à l’usage des femmes Regards de femmes, propos de mère, expérience d’enfance, Sylvie Brunel a fait de ces bribes d’expression un livre où le ton personnel est perçu, bien entendu, mais qui souffre quelque peu d’une narration extérieure , comme s’il fallait éviter de tomber dans cette intimité qu’on veut évoquer. Ce récit unanimiste tient plus du reportage fouillé sur un petit monde en porte à faux que du roman construit : c’est peut-être parce que l’explication y est  trop présente, au détriment du témoignage. Chez elle tout est  autobiographique ou presque, son personnage n’est pas sans rapport avec la célèbre géographe, qu’on ne savait pas romancière il y a quelques années. Mais peu importe. Si tout y est inventé, cela prouve un pouvoir de création et une sensibilité peu ordinaire ; si le fond est vrai, l’auteur fait preuve d’un courage, d’une dignité et d’une fidélité en tous  points admirables.  Sans doute faut-il apprendre à certains lecteurs sur quelle situation le roman repose. Dans ces années deux mille, Sylvie Brunel effectue un voyage en Algérie, un voyage salutaire après une séparation pure et dure. Après trente ans d’une vie conjugale, commune, familiale, pleine d’amour. Voici qu’elle se retrouve pour quelques jours, vieillie, changée, devenue l’un et l’autre des personnalités différentes— et fidèle, par-dessus les années, à son amour. Un voyage à Timimoun  qui lui fait ressurgir avec intensité des sentiments contradictoires, au fond d’elle-même, une lutte s’engage entre d’un côté sa part de femme meurtrie et de l’autre sa part de femme retrouvant la paix, une source de jouvence. C’est un très beau  roman, sensible, juste, vrai. Les stances de vie qu’il évoque, ce sont de ces moments insaisissables sans lesquelles la vie n’est pas viable, l’histoire d’une séparation dont seul l’âge demeure un point de rupture. Un de ces livres, si rares, qui redonnent confiance en la nature humaine. Son dernier roman, voyage à Timimoun, est d’abord l’exposé sans complaisance de tels conflits conjugaux, qu’on ne saurait mieux voir s’exprimer ailleurs que dans un journal intime, par exemple, on impose le compte-rendu d’une quelconque situation personnelle, sous prétexte qu’elle est commune à tout un chacun, plutôt que de parler de l’auteure, du divorce de Laura, d’une femme d’un certain âge pour une autre plus jeune. Marc, son mari, est parti refaire sa vie avec une jeunette. Comment qualifie t–on cette situation ? Sylvie Brunel se propose de décrire sa déception face au démon de midi, en Algérie en forme de fable. Elle se voit offrir l’occasion d’une véritable traversée du désert, non pas pour la beauté et le silence, des sables, des dunes ou de l’infini. Ce n’est ni  Lawrence d’Arabie, ni Le Clézio. Sans doute parce qu’étant géographe, Sylvie Brunel a déjà une certaine intimité avec le désert, elle  n’y cherche pas un lieu pur. Le désert de Sylvie Brunel est un lieu habité où les oasis sont des points de culture, et de rupture, au sens propre et figuré. A ce point, il vaut mieux laisser le lecteur faire la traversée avec Laura, ce personnage errant qui ne parvient pas  à trouver d’inculture chez les hommes. 

FATHI CHARGUI

Le voyage à Timimoun —Roman de Sylvie Brunel—296 pages— J C Lattès —octobre 2010  

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