( 6 novembre, 2010 )

Des fleurs pour Zoë

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Des fleurs pour Zoë  Roman de Antonia Kerr                              Le désir  pour simple bagage 

La sexualité d’aujourd’hui, n’est bien sûr, plus ce qu’elle était. Tout ce que l’on peut savoir sur le sexe contemporain ne ressemble guère aux mœurs sexuelles de nos ancêtres, les Français. Freud, Kinsey, Master et Johnson ou Meignant n’éclairent naturellement les cavalcades amoureuses de la Renaissance ou les flambeaux d’amour du siècle dernier. Le présent des badineries et des polissonneries de cœur n’est pas une simple répétition du passé. Loin de là. Pour reconstituer cette histoire des sexes en Occident,  Jean Louis Flandrin  remonte les siècles à tâtons en s’appuyant sur la littérature, le langage, la théologie, le droit, la morale… Il en surgit l’ébauche troublante d’une histoire du sexe, étrangement dépendante et prisonnière de comportements ancestraux. L’amour, d’abord… Qu’était-il pour nos ancêtres ? Pour le savoir, l’historien fait tout bonnement l’inventaire des titres d’ouvrages, cet  outillage mental de  notre société. Au XVIe siècle les titres sont d’une fabuleuse prolixité, au point de constituer de vraies tables de matière. Mais quatre siècles plus tard, ils se sont réduits, se transformant en véritables « coups de poings ». Et si certains mots sont tombés en désuétude, d’autres sont nés, le recouvrant de nouvelles mœurs érotiques. 

Un seul mot échappa à cette évolution. C’est le mot « amour ». Sa fréquence d’emploi est, durant cinq siècles, d’une surprenante constance. Non seulement les occidentaux ne s’en lassent pas, l’employant en religion, en philosophie, en morale, en littérature, mais ce mot gagne toujours du terrain. Aujourd’hui il a ainsi fait son entrée dans la médecine et dans l’Histoire. En fait, l’amour à la Renaissance ne ressemble point au sentiment contemporain. Le XVIe siècle est en proie à une véritable dichotomie amoureuse : le platonique d’une part, et le charnel d’autre part. Les moralistes de tous poils– ecclésiastiques et laïcs— condamnent énergiquement toute passion amoureuse. Ainsi le mari « transporté d’un amour démesuré » qui « cogne » ardemment sur sa femme pour « contenter » sa volupté « commet une faute. « L’amour trop ardent de sa femme » étant alors jugé adultère : Et le XXe siècle, enfourchant la monture freudienne et Lacanienne suscite mille nuances entre le désir et l’acte d’aimer. 

Des fleurs pour zoë, ce roman qui donne du piquant à la vie d’un sexagénaire en manque d’amour est en soi une interrogation : le sexe en Occident serait-il vraiment le moteur de la vie ? Comment refuser une telle dictature de l’irrationnel (une libido débridé)masqué derrière une apparente raison ? D’où parler désormais ? De quoi parler ? À qui parler ? Comment construire un érotisme et une philosophie qui disent l’égalité des sexes ? Il faut ébaucher une mutation de la pensée, afin que cesse l’opprobre jetée sur la moitié féminine de l’humanité. Car en avoir ras le-bonbon de la misogynie, c’est créer de toutes pièces un monde qui ne le soit plus. Un lieu où la part féminine de l’Éros et de la Sophia soit accepté et reconnue dans son éventuelle différence. Il n’est pas interdit d’en rêver. Plus qu’une critique de l’univers au masculin, l’ouvrage d’Antonia Kerr est une invitation à secréter un espace érotique et philosophique au féminin. Bravo pour un premier roman ! Une plume qui promet ! FATHI CHARGUI 

Des fleurs pour Zoë —Roman de Antonia Kerr—151 pages—Gallimard—septembre 2010 

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