( 20 mars, 2017 )

Dieu,allah,moi et les autres

 

 

 

 

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Dieu,allah,moi et les autres

En ces temps où les religieux radicaux purs et durs de tous bords imposent leur loi et leurs dogmes, Salim Bachi nous offre un témoignage percutant et hallucinant.

De par le monde, les assassinats et les viols courent les rues et toute la planète. Au point où l’on se demande si nous sommes dans la réalité ou en pleine fiction.

Regardez ce qui se passe en Syrie, Libye, Irak, c’est le chaos total. Des combats sèment la terreur, d’où des réfugiés par milliers, femmes, enfants et vieillards fuient les bombes et les razzias. Quelle catastrophe ?

La terre est aphone et les hommes aveugles. Sous peu on se croirait en pleine croisade. Des guerres de civilisation, on se livre à des guerres de religion.

Triste époque pour nous et pour les générations futures. L’histoire vient de vivre une de ses pages apocalyptiques.

Salim Bachi cherche à travers ce livre à comprendre les tragédies humaines. Le livre de Salim Bachi est un témoignage sur une génération sacrifiée. Une génération qui a accouché sur cette planète des milliers de terroristes et des criminels.

La narration, alerte et varié retrouve la réminiscence des souvenirs algériens des années 90. Salim Bachi montre à qui veut l’entendre que l’intolérance ne mène à rien, sauf à l’autodestruction

 

FATHI CHARGUI

Dieu,Allah,moi et les autres de Salim Bachi—178 pages—Gallimard–

 

 

( 13 mars, 2017 )

La terre qui les sépare de Hisham Matar

 

 

 

 

 

 

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La terre qui les sépare  de Hisham Matar

C’est l’époque des enquêtes et des révélations d’après la chute des dictateurs en 2011. Les écrivains se libèrent du poids de leurs carcans. Finis la torture et le despotisme. Les langues se délient et la presse est libère. « La terre qui les sépare » s’inscrit dans ce contexte.

L’auteur Hisham Matar libyen rend hommage à son père, opposant à Kadhafi disparu en 1990.Cet homme s’appelait Jaballa Matar, c’était un ancien officier et diplomate libyen, opposant au régime de Mouammar Kadhafi quelques années après l’accession de celui-ci au pouvoir, en 1969. Dix ans plus tard, Jaballa Matar avait fait sortir sa famille de Libye, pour bientôt la rejoindre au Caire et, de là, poursuivre son combat politique. Et c’est au Caire que, en mars 1990, il fut enlevé par les services secrets égyptiens et remis aux autorités libyennes. Sa famille ne le revoit plus.

Pendant vingt ans, Hisham Matar s’est battu pour obtenir des informations sur la disparition de son père dans les geôles de Kadhafi.

« La terre qui les sépare »  de  Hisham Matar est une plongée dans la dictature libyenne, mais aussi un retour aux origines et à l’enfance.

Que dire alors de celui qui sépare Hisham Matar de son père, C’est sur cette réminiscence entre passé et présent que l’auteur nous invite à cheminer à ses côtés à travers ce récit qui mêle enquête, révélations et méditation.

Hisham Matar est un grand écrivain qui livre ici un récit à la fois émouvant, saisissant et captivant. De très belles pages qui vous transportent ailleurs. Quant à l’émotion, elle vous prend et vous accapare au détour des pages, sans crier gare.

FATHI CHARGUI

« La terre qui les sépare » - Hisham Matar - Gallimard – 330 pages

( 6 mars, 2017 )

Sans Véronique de Arthur Dreyfus

Sans Véronique de Arthur Dreyfus

sans veronique

 

 

Voilà un roman génial donc inégal, il vous prend par la main et accapare votre esprit, vous êtes comme inoptisé, et contre toute attente,à corps  défendant et à coeur battant la chamade, vous êtes pris au piège des terroristes dans les foyers à turbulences.

De Sousse à la Syrie, vous assistez aux carnages des innocents comme si vous y étiez, vous pleurez, vous vous battez pour libérer ces victimes du terrorisme, mais malheureusement en vain.

Vous êtes désarmé, Véronique n’est plus en vie, et son époux demeure chancelant entre la tristesse et la vengeance. Et s’il voyageait en Syrie pour se venger?

Toute l’histoire est écrite d’une façon réaliste, on dirait que l’auteur avait vécu les circonstances exactes et les faits sont reportés avec parcimonie: Arrivée de Véronique, dans un hôtel balnéaire à Sousse, en Tunisie contente d’avoir eu un billet d’avion comme cadeau de départ à la retraite, heureuse de profiter du soleil et de la mer.

Une chose est sûre, elle ne savait pas qu’elle allait mourir dans les heures qui suivent. De l’autre côté de la Méditerranée, Bernard, son époux, resté en france, et comme étourdi par l’annonce de la disparition de sa femme. Faut-il prendre l’avion et rapatrier le corps de sa femme ? Non, contre toute attente, Bernard ne perd pas une seconde et après mille aventures et vicissitudes, débarque en Syrie, à la recherche du moindre indice qui pourrait le diriger vers un terroriste, supposé être le tueur de sa dulcinée.

Ici, Arthur Dreyfus excelle dans l’acheminement de l’histoire. Le roman est tressé comme une toile d’araignée dont les fils s’enchevêtrent tout au long de l’histoire. Nous ne pouvons laisser une miette du roman, dont l’écriture est saisissante et la lecture est captivante. Arthur Dreyfus sait accaparer ses lecteurs, et saisir les actualités du moment. Une chose est sûre, il demeure un témoin de son époque.

Bravo !

 

FATHI CHARGUI

Sans Véronique-roman de Arthur Dreyfus-251 pages- éditions Gallimard-janvier 2017

( 21 décembre, 2016 )

Des livres mouillés par la mer de Gérard macé

 

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Des livres mouillés par la mer de Gérard macé

 

Promenade litteraire

 

Prendre le large et effectuer un voyage avec Gérard macé est un régal. Imaginez-vous faire une promenade littéraire entre l’écriture et la poésie. Avec ce grand érudit on glisse sur les vagues de l’oral et de l’écrit. Depuis la nuit des temps, l’oral était privilégié à l’écrit. Ne dit-on pas que l’oral reste des siècles millénaires. Il est perpétué par le biais du bouche-à-oreille, alors que l’écrit s’efface, jaunis, ternis comme une photo sépia. Il n’en demeure pas moins que l’écrit a vu des jours meilleures, perpétués par la voie du sacré et du secret. N’a-t-on pas vu nos ancêtres écrire sur de la porcelaine, une assiette ou une tasse de café, à l’occasion d’un événement heureux, boire à la veille d’un examen, une excision, ou à mariage, en espérant la réussite, le moins de mal, ou le bonheur.

L’oral a été de tout temps la voie la plus prisée par les poètes antiques, les tribus africaines, perpétuant les contes et les exploits des héros de guerre.

L’écrit a pris la relève avec la transposition de l’oral sur les supports pour conserver ses traces. On a vu écrire sur les os, les peaux de bêtes, les palmes, les pierres. Avec les religions, le support a pris un sens de conservation du sacré, d’abord on a écrit sur les os, les peaux de bêtes avant de reproduire les textes sacres sur le papier. Le sens du sacré est repris dans les talismans, ces, grigris que les hommes portent sur eux pour éloigner les mauvais œil.

D’où Gérard Macé a-t-il tiré le titre de son livre » Des livres mouillés par la mer »?Est-ce de » La tempête » de Shakespeare ou de Rimbaud, seul son imagination fertile peut nous le dire.

 

Fathi Chargui

Des livres mouillés par la mer de Gérard Mancé—128 pages — octobre 2016–Gallimard

 

 

 

( 3 août, 2016 )

Golem de Pierre Assouline

 

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Golem de Pierre Assouline

Assouline, le magicien

Attention ! la lecture du nouveau roman de Pierre Assouline, peut vous tenir en haleine. Golem est un piège, irrésistible, tenace. Golem ne vous lâche pas, de la première à la dernière page. À partir d’un jeu d’échecs, vous êtes cernés, ténus en tenaille entre le jeu et le suspense de l’intrigue. C’est un polar mais aussi un roman bourré de référence à l’histoire du XXe siècle, la Shoah, et tant d’autres malheurs. Comment un joueur d’échecs de renommée mondiale est inculpé à la suite d’un accident, de la mort de sa femme. Le comble de l’histoire est qu’à la suite d’une opération chirurgicale, son cerveau est bidouillé. D’un joueur d’échecs est devenu un surhumain. Un homme d’une autre planète, d’un autre monde. Un « homme augmenté » à la mémoire surmultipliée, un  trans(ou post) humain, un Golem. L’auteur aborde en effet des sujets non seulement pointus, mais contemporains et chauds bouillants. Il est ainsi question de l’intelligence artificielle, des neurosciences, de la neurologie, des lobbies pharmaceutiques, du « trans-humanisme. Une fable truculente et incontestablement intelligente.

 

FATHI CHARGUI

Golem- roman de Pierre Assouline—258 pages—Gallimard–2016

( 17 juillet, 2016 )

Celle que vous croyez- roman de Camille Laurens

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Celle que vous croyez- roman de Camille Laurens

L’amour à cinquante ans

C’est l’histoire de l’amour éperdu de Claire–une femme proche de la cinquantaine—pour un photographe trentenaire, qui la rejettera peu de temps a prés. Pour séduire son jeune amant, Claire prend en effet l’identité d’une femme de vingt ans et jongle d’un profil (virtuel) à l’autre tout au long d’une malheureuse histoire d’amour qui la conduira à l’hôpital psychiatrique. Les voix et les témoignages se mêlent dans cette descente aux enfers. Mais comment distinguer le vrai du faux dans ce roman aux multiples talents. Jeux de miroirs, miroirs aux alouettes. Ce roman nous entraine petit à petit face à une femme qui sombre dans la folie. Ici le psy  explore la personnalité de cette femme qui a pété les plombs suite à un amour qui aurait mal tourné avec un homme plus jeune. Qui est réellement cette femme ? Qu’est-ce qui est réel ? Virtuel ? Qui écrit ? Est-ce autobiographique ? Qui ment ? Qui dit la vérité ? C’est quoi l’amour ? Et le désir ? Quel désir ?… Le roman de Camille Laurens rend compte des mille zones d’ombre de la personnalité de la femme de cinquante. L’amour à cinquante ans existe-t-il ?  Peut-on être aimé à tout âge ? Au travers d’écrans interposés, Camille Laurens  fait le constat sévère et douloureux de l’indifférence dans les sociétés occidentale. Le roman de Camille Laurens est remarquable à plus d’un titre.

FATHI CHARGUI

Celle que vous croyez-roman de Camille Laurens–186 pages-Gallimard-2016

( 2 mai, 2016 )

La plage de Marie Nimier

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La plage de Marie Nimier

Parler aux vagues

La nostalgie n’est plus ce qu’elle était ? Les souvenirs ne sont plus que des recollements d’images du passé, Où sont les jours que nous avions passés dans cette grotte mythique, que sont devenus nos amours d’antant? La grotte n’est plus le nid d’oiseaux migrateurs mais bel et bien d’amour filial d’un père et de sa fille. Autour de trois personnages, Marie Nimier signe un véritable bijou. Elle est venue ici il y a deux ans avec son ami de l’époque. Elle souhaite tout revoir. La taverne accueillante, la plage déserte, la grotte où ils firent l’amour… Las! La taverne est désaffectée, et la grotte occupée. Par ailleurs, si elle revient sur cette plage. C’est surtout par nostalgie ; revivre l’aventure qu’elle a eue avec son bien aimé dans cette grotte. La jeune femme semble éprouver le besoin vital de se retrouver en tête à tête avec la nature, seule au milieu des bruits des vagues. Les frontières entre réel et rêve s’effacent. On ne peut naïvement s’empêcher de croire à ce qui est raconté, même si, avec un peu de recul, l’aventure de la narratrice paraît hors du temps, suspendue dans un l’imaginaire, glorifiant un retour à l’état brut ; l’état de nature. Marie Nimier met l’accent sur le langage des corps, l’attrait physique des personnages les uns pour les autres. La sensualité remplace parfois les mots. Les hommes imaginent-ils que le bonheur se trouve dans la solitude. Marie Nimier espère peut-être retrouver l’état originel? Un pur bonheur !

FATHI CHARGUI

La Plage, Marie Nimier, éditions Gallimard, sortie le 7 janvier 2016

 

( 13 janvier, 2016 )

Nocturne indien

 

 

 

 

 

 

nocturne indien

 

Superbe métaphore

Une histoire étrange, celle d’un narrateur innommé  parti en Inde chercher un autre homme qui n’était probablement que lui-même. Un jeune homme débarque à Bombay (Inde) à la recherche d’un ami disparu ; il n’a que peu d’indices. D’un hôtel louche à une salle d’hôpital, d’un couvent portugais à une société théosophique, de Bombay à Goa en passant par Madras, il tente de reconstituer son itinéraire. Il ne retrouve pas cet ami, mais peut-être n’est-t-il à la recherche que de sa propre identité…

Le héros de ce « parcours illogique » est « quelqu’un qui ne veut pas qu’on le trouve » et qui, en conséquence, affirme que « ça ne fait pas partie du jeu » de dire qui il est.
A chaque parution le même plaisir, le même mystère qui s’ouvre avec le livre et qui reste, en fin de lecture, tout aussi mystérieux mais un peu plus familier. Comme si l’écrivain nous apprenait à voir en nous les parts d’ombre qui se sont constituées, les voir sans les percer, comme s’il fallait juste apprendre à les accepter. A l’instar de Diogène, l’écrivain cherche un homme, en fait il se cherche lui même sans pour autant se retrouver .
Connais-toi toi-même disait Socrate,  et tu connaîtras l’univers et les Dieux « Connais-toi toi-même » : cette inscription placée sur le fronton du temple de la pythie de Delphes est très célèbre. Cependant cette devise delphique, qu’on attribua à tort à Socrate, n’était pas un encouragement à une connaissance psychologique de soi, mais un rappel à l’ordre. Elle avait pour but de remémorer aux individus qu’ils n’étaient que des mortels : elle invitait les voyageurs à la prise de conscience de leurs propres limites. On oublie d’ailleurs que cette exhortation, « Connais-toi toi-même », était suivie de « … et tu connaîtras l’univers et les dieux. » Un individu disposant d’une connaissance parfaite de soi serait donc l’égal d’un dieu. Pour les philosophes grecs, la connaissance de soi-même est synonyme de sagesse. Elle permettrait en effet à l’individu de prendre conscience de ses propres limites, de se libérer de ses défauts, de développer ses qualités, et, en faisant abstraction de tout ce qui dans le « je » n’est pas personnel, de prendre conscience de sa véritable identité et, au fond, de sa liberté. S’agit-il ici d’allégorie, de parabole ou d’une légende ? Seul Tabucchi a le secret de ce tour de passe-passe. Génial !

FATHI CHARGUI

Nocturne indien — Roman de Antonio Tabucchi —122 pages — Editions Gallimard

( 13 janvier, 2016 )

Une jolie fille comme ca

Les Meilleures sélections de romans

 

( 27 décembre, 2015 )

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Une jolie fille comme ça de Alfred Hayes {éditer}

 

                       

Une jolie fille comme ça

Huis clos
Deux âmes perdues dans l’océan de la société Hollywoodienne. Un scénariste qui atteint le Zénith de son art .Une actrice en mal de célébrité, ratée dans sa carrière cinématographique. Deux âmes à la recherche de l’autre. Le point de rencontre de ces deux êtres, le jour ou l’un tente de se suicider et l’autre lui vient à son secours. Le hic de cette histoire, c’est que ni l’un ni l’autre ne tienne à poursuivre l’aventure. Le scénariste ne tient pas à avoir une nouvelle aventure amoureuse. L’actrice à ajouter à ses nombreuses aventures une énième déception de plus.

Voilà l’histoire : Un scénariste aperçoit une jeune femme se jeter dans l’océan. L’ayant sauvée d’une noyade certaine. Pour le remercier, elle prend contact avec lui.
Un amour tragique est né entre le scénariste à succès et l’actrice ratée. Il la sauve, ils se reverront, elle n’est pas son genre, ce qui est d’autant plus dangereux, et ils vont basculer dans une histoire où les sentiments affleurent sous la froideur et le cynisme apparents. Avec sa maïeutique habituelle Alfred Hayes construit un huis clos comme on piège deux souris dans une même cage, pour voir laquelle dévorera l’autre. Avec son scalpel de chirurgien chevronné, On passe  de la maison du narrateur, à la chambre minable de l’actrice. Sinon, le couple est enfermé dans une voiture. Leur seule échappée, un dimanche à Tijuana, ne les mènera qu’à assister, telle une mise en abyme, à une corrida : métaphore,. Condamnée à être mise à mort par les hommes dans une arène qui n’est autre qu’Hollywood. Alfred Hayes met en scène une  romance triste où les êtres se déchirent et se dévorent : on dirait le film : «  Qui a peur de Virginia Woolf ?» d’Edward Albee avec Elisabeth Taylor et Richard Burton. Une histoire (au même ton désenchanté),  concentrée sur l’anatomie du rapport à l’autre. « Je t’aime, moi non plus ». La femme fatale, cette jolie fille, ne le sera qu’à elle-même, hantée par les spectres d’une enfance difficile, par tous les hommes, qu’elle a rencontrés.
Entre le scénariste et l’actrice, il ne se passera pas grand-chose, parce que le narrateur n’a même pas envie de vivre l’histoire d’amour qui s’offre à lui, si brève soit-elle. Mais que peuvent partager deux âmes perdues, sinon le même fardeau de malentendus, de semi-mensonges et de non-dits de plus en plus pesants? C’est un désastre annoncé qu’orchestre le romancier. Annoncé depuis leur premier baiser, «un signe quasi prémonitoire», écrit Hayes, puisque, ce jour-là, la terre a légèrement tremblé à Los Angeles…
C’est très visuel, c’est cinématographique. On sent l’odeur des cigarettes, de l’alcool, on se représente les sourires faux dans les soirées où tout le monde connaît tout le monde. Avec une psychologie à la Hitchcock. Superbement écrit et traduit, d’une beauté universelle. C’est superbe !

FATHI CHARGUI

Une jolie fille comme ça Roman de Alfred Hayes–167 pages–Gallimard–octobre 2015

 

( 18 novembre, 2015 )

A ce stade de la nuit

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Lampedusa, mon amour !

Les naufragés de la révolution

Quel rapport existe-t-il entre Lampedusa et Visconti ? A priori aucun, sauf que Lampedusa  a été le théâtre de l’arrivée de centaines de migrants en 2011, lors du printemps arabe. La ruée vers l’or a rassemblé des migrants de différentes nationalités. Dans ce chaos, beaucoup de naufragés ont trouvé refuge en Italie, aux abords de la Méditerranée. Maylis de Kerangal saisit cette occasion pour tisser une histoire magique où Lampedusa du « guépard » met en scène le déclin de l’aristocratie sicilienne au début du XXe siècle. Lampedusa. C’est d’abord le visage de Burt Lancaster qui s’impose. Il est le prince Salina de Lampedusa du « Guépard » de Visconti, film  adapté de l’unique roman de Guiseppe Tomasi de Lampedusa. Le « Guépard » dont l’auteur a soudain la révélation qu’il fut  filmé « comme un naufrage ». ,  Ce film légendaire où Visconti avait réalisé en coup de maitre le grand bal comme un interminable naufrage, celui d’une société en décrépitude s’absorbant dans la lente dépose du temps. De digressions en digressions, l’auteur passe comme par enchantement de la réalité à l’imaginaire, comme le flux et le reflux, qui charrient le corps des noyérs. L’auteur se laisse prendre dans les filets des souvenirs d’autres iles et d’autres voyages, et d’autres villes. Avec ce texte tendre et révolté à la fois,  l’écrivain sauve des naufragés de l’oubli et des eaux de la Méditerranée. Ce roman ressuscite le mythique Burt Lancaster, le magnifique « le guépard », dans  les décors de la Lampedusa. De Lampedusa, Visconti passe à « Mort à Venise ». Un régal !

FATHI CHARGUI

A ce stade de la nuit – Roman de Maylis de Kerangal -74 pages-Editions Verticales-Gallimard

 

 

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